Offensive en Syrie : la solidarité kurde met à l’épreuve le processus de paix en Turquie

Les partis et mouvements kurdes de Turquie ont affiché leur soutien aux Kurdes de Syrie face à l’offensive menée par Damas avec l’appui d’Ankara. Cette mobilisation transfrontalière intervient dans un contexte particulièrement sensible et menace de fragiliser le processus de paix engagé entre l’État turc et la guérilla du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Pour Elham Ahmad, responsable kurde de premier plan, l’accord sur l’intégration des institutions civiles et militaires kurdes au sein de l’État syrien a d’ores et déjà perdu toute « validité ».
Offensive en Syrie : la solidarité kurde met à l’épreuve le processus de paix en Turquie
Des soldats turcs photographiés dans la ville frontalière de Tal Abyad, en Syrie

Le PKK promet de ne pas abandonner les Kurdes de Syrie

Malgré l’annonce de sa dissolution et le dépôt des armes l’an dernier à l’appel de son chef historique Abdullah Öcalan, le PKK a juré, mardi 20 janvier, de ne « jamais abandonner » les Kurdes de Syrie. « Quel qu’en soit le prix, nous ne vous laisserons jamais seuls », a déclaré Murat Karayilan, haut responsable du mouvement, dans une déclaration à l’agence ANF, proche du PKK, assurant que « le peuple kurde et le mouvement feront tout ce qui est nécessaire ».

Appels à manifester du parti prokurde DEM

Parallèlement, le parti prokurde DEM, troisième force politique au Parlement turc et intermédiaire dans les discussions avec le PKK, a appelé à plusieurs rassemblements de protestation. Des manifestations ont notamment été annoncées à Nusaybin, ville frontalière faisant face à Qamichli, dans le nord-est syrien, sous pression croissante de Damas. D’autres rassemblements étaient également prévus devant les consulats syriens à Ankara et Istanbul.

Fermeté des autorités turques

Le ministre turc de l’Intérieur, Ali Yerlikaya, a toutefois prévenu qu’aucune « provocation » ne serait tolérée. Affirmant que toute tentative de manipulation visant à troubler la paix publique serait réprimée, il a rappelé que la communauté kurde représente près de 20 % de la population turque. Dès lundi, plusieurs rassemblements ont été dispersés par la police, notamment à Diyarbakir, principale ville kurde du sud-est du pays.

Arrestations lors des manifestations

La répression s’est également traduite par l’interpellation à Istanbul du journaliste français Raphaël Boukandoura, collaborateur de Courrier international et Ouest-France, alors qu’il couvrait une manifestation organisée par le DEM. Selon Reporters sans frontières, il se trouvait toujours en garde à vue mardi matin. Plusieurs membres et responsables du parti prokurde ont également été arrêtés.

Erdogan soutient l’offensive de Damas

Allié de la nouvelle direction syrienne issue du renversement de Bachar al-Assad en décembre 2024, le président turc Recep Tayyip Erdogan a salué l’offensive « méticuleuse » menée par Damas contre les forces kurdes en Syrie. Il a néanmoins averti que la Turquie ne tolérerait « aucune tentative de sabotage ». Dans le cadre d’un cessez-le-feu, l’armée syrienne s’est déployée dans certaines zones précédemment évacuées par les forces kurdes.

Un processus de paix fragilisé

Cette offensive porte un coup sévère aux espoirs d’autonomie des populations kurdes et ravive les tensions autour du processus de paix lancé en Turquie en octobre 2024, destiné à mettre fin à plus de quarante ans de conflit ayant causé environ 50 000 morts.

Dialogue rompu entre Damas et les Kurdes

Dans le même temps, les négociations entre les autorités syriennes et les représentants kurdes sur l’intégration de leurs institutions civiles et militaires au sein de l’État se sont « totalement effondrées », a affirmé à l’AFP Abdel Karim Omar, représentant de l’administration autonome kurde à Damas. Cette rupture intervient alors que l’armée syrienne renforce sa présence face aux territoires kurdes autonomes du nord-est syrien.

Lundi soir, le chef kurde Mazloum Abdi et le président syrien Ahmed al-Charaa se sont rencontrés à Damas pour discuter de l’application de l’accord annoncé la veille. Selon Mazloum Abdi, les autorités syriennes exigent une « reddition inconditionnelle ». De son côté, Elham Ahmad a estimé, lors d’une conférence en ligne le 20 janvier, que l’accord n’était « plus valable » en l’absence de cessez-le-feu et de dialogue politique.

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