La visite du président de la Russie, Vladimir Poutine en Chine les 19 et 20 mai s’inscrit dans une dynamique de renforcement du partenariat stratégique entre Moscou et Pékin. Elle intervient peu après le déplacement du dirigeant américain Donald Trump à Pékin, un enchaînement que certains observateurs jugent révélateur de la centralité retrouvée du triangle Russie–Chine–États-Unis dans les équilibres internationaux. Dans une interview accordée à RFI, Alexeï Alexandrovitch Maslov analyse les enjeux de cette séquence diplomatique et les perspectives de la relation sino-russe.
Russie–Chine : une convergence stratégique face à l’ordre international dominé par les États-Unis
Selon Alexeï Maslov, la proximité des visites américaine et russe en Chine relève davantage d’une coïncidence opportune que d’une coordination, mais elle permet à Moscou de mieux cerner les échanges sino-américains récents. Il estime que les discussions menées par Washington avec Pékin restent larges mais peu abouties, tandis que la Russie adopte une approche plus ciblée et structurée.
Moscou et Pékin partageraient aujourd’hui une vision commune critique de l’ordre international dominé par les États-Unis, notamment sur la notion de « règles internationales » opposée à celle de « gouvernance mondiale », plus souple et inclusive selon eux. Les deux pays convergent également sur leur rejet d’un système mondial conçu sans leur participation, tant sur le plan politique qu’économique.
Le chercheur souligne aussi la montée en puissance de coopérations multilatérales comme les BRICS ou l’Organisation de coopération de Shanghai, même si celles-ci restent, selon lui, insuffisamment équipées pour répondre rapidement aux crises internationales.
Énergie, Iran et Ukraine : des intérêts communs mais des équilibres fragiles
Sur le plan énergétique, la Russie se positionne comme un partenaire clé de la Chine, notamment grâce aux livraisons de pétrole et de gaz par voie terrestre, contournant les routes maritimes stratégiques comme le détroit d’Ormuz. Le projet de gazoduc « Force de Sibérie 2 » reste toutefois en discussion : aucun accord final n’est attendu immédiatement, en raison notamment des divergences sur le prix et des incertitudes liées à la transition énergétique chinoise.
Concernant l’Iran, Moscou et Pékin partagent un intérêt commun à préserver la stabilité du régime, mais pour des raisons différentes : économiques pour la Chine, géopolitiques pour la Russie. Les deux puissances s’accordent néanmoins sur leur opposition à toute évolution politique alignée sur les intérêts occidentaux.
S’agissant de la guerre en Ukraine, Maslov estime qu’un espace de négociation existe encore, porté par l’usure économique et militaire des parties prenantes. Il évoque l’idée d’un rôle potentiel des grandes puissances, y compris la Chine et les États-Unis, dans une future solution politique et économique.
Enfin, si la relation sino-russe apparaît solide, elle n’est pas exempte de tensions latentes, notamment sur la Corée du Nord ou les déséquilibres économiques et technologiques. Moscou cherche ainsi à éviter une dépendance excessive vis-à-vis de Pékin, tout en renforçant la coopération dans les domaines de l’éducation, de la technologie et des investissements, encore jugés insuffisants par les deux parties.