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Cuba face à l’après-Maduro : menace réelle ou rhétorique politique de Washington ?

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Les déclarations de Donald Trump et de son secrétaire d’État Marco Rubio à Washington ont relancé les spéculations sur une possible extension de l’activisme américain en Amérique latine. Vingt-quatre heures après la capture de Nicolas Maduro au Venezuela, le président américain affirmait que le régime cubain semblait « sur le point de s’effondrer », tandis que Marco Rubio laissait entendre que les dirigeants de La Havane auraient des raisons de s’inquiéter.
Cuba face à l’après-Maduro : menace réelle ou rhétorique politique de Washington ?
Le président cubain, Miguel Diaz-Canel, lors d'un meeting à La Havane

Ces propos ont immédiatement soulevé une question : après Caracas, Washington pourrait-il être tenté par une action directe contre Cuba ? Sur le plan symbolique, l’île reste l’un des derniers bastions du socialisme latino-américain et un adversaire historique des États-Unis. Mais au-delà de la rhétorique, la faisabilité d’un tel scénario apparaît beaucoup plus incertaine.

Cuba, une cible logique sur le papier

Aux yeux de l’administration Trump, Cuba présente plusieurs caractéristiques qui en font une cible prioritaire. Depuis le début des années 2000, l’île entretient une relation étroite avec le Venezuela chaviste, fondée sur un échange de pétrole à prix préférentiel contre une assistance médicale et sécuritaire. Washington affirme que des milliers de Cubains ont opéré au Venezuela, parmi lesquels des conseillers militaires et des agents du renseignement chargés de la protection du régime de Caracas, des accusations que La Havane conteste.

Cette proximité distingue Cuba d’autres pays de la région parfois critiqués par Washington, comme le Mexique ou la Colombie, mais historiquement alliés de Washington. Elle alimente aussi l’idée que la chute du pouvoir vénézuélien pourrait fragiliser indirectement le régime cubain, en le privant d’un soutien économique majeur.

Le facteur politique interne américain joue également un rôle central. Marco Rubio, figure de la diaspora cubaine de Floride, a bâti une large partie de sa carrière sur la promesse d’un changement de régime à La Havane. Le succès de l’opération au Venezuela renforce la crédibilité de la ligne dure qu’il défend depuis des années, et offre un précédent qu’il peut mettre en avant au sein de l’exécutif.

Pour Donald Trump, l’enjeu serait aussi historique. La chute du régime castriste a été un objectif poursuivi, sans succès, par la plupart des présidents américains depuis 1959. Un tel événement constituerait un marqueur fort, à même de nourrir le récit d’une présidence « sans précédent ».

Une opération bien plus risquée que Caracas

La comparaison avec le Venezuela trouve toutefois rapidement ses limites. Le président cubain Miguel Díaz-Canel ne fait pas l’objet d’une contestation internationale comparable à celle de Maduro, ni d’accusations liées au narcotrafic qui avaient servi de justification juridique à l’intervention américaine à Caracas. Une opération contre Cuba serait donc beaucoup plus difficile à légitimer sur la scène internationale.

Surtout, le régime cubain est bien plus enraciné. En place depuis plus de six décennies, il a développé un appareil sécuritaire dense et une culture de défense tournée vers la prévention des tentatives de déstabilisation américaines. Les capacités de pénétration des services de renseignement américains à La Havane sont nettement plus limitées que celles dont ils disposaient au Venezuela.

Dans ces conditions, une opération ciblée aurait peu de chances de provoquer un effondrement rapide du pouvoir. Un changement de régime supposerait probablement une occupation militaire prolongée, un scénario lourd de conséquences politiques, diplomatiques et militaires pour Washington.

Dès lors, la pression économique apparaît comme un levier plus crédible. Cuba traverse une situation économique difficile, marquée par des pénuries chroniques et des coupures d’électricité répétées. Si l’île a réduit sa dépendance exclusive au pétrole vénézuélien, notamment en diversifiant ses partenaires, l’évolution politique à Caracas pèsera néanmoins sur sa capacité à stabiliser son économie.

À court terme, le régime cubain ne semble donc pas menacé d’un effondrement imminent. À plus long terme, en revanche, une combinaison de pressions économiques accrues et de fragilisation régionale pourrait accentuer les tensions sociales. Un scénario que les Européens observent avec prudence, conscients qu’une nouvelle escalade américaine dans les Caraïbes risquerait d’ajouter un facteur d’instabilité supplémentaire à une région déjà sous tension.

Avec Affairage.ci

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