La militante des droits humains Sihem Bensedrine, figure majeure de l’opposition tunisienne âgée de 75 ans, a été condamnée dans la nuit de jeudi à vendredi à 25 ans de prison dans plusieurs affaires liées au processus de justice transitionnelle. Contactée par l’AFP, elle a dénoncé une décision « qui n’a rien à voir avec la justice », estimant qu’elle s’inscrit dans « un régime totalitaire qui veut éliminer l’héritage de l’IVD ». Elle a annoncé son intention de faire appel. Arrêtée en août 2024, elle avait été libérée en février 2025.
Elle a également affirmé que les autorités cherchent à « effacer la mémoire de la justice transitionnelle », en référence au travail de l’Instance vérité et dignité (IVD), qu’elle a présidée et qui a documenté de nombreuses violations des droits humains commises entre 1955 et 2013.
Sihem Bensedrine : des condamnations controversées dans un climat de tensions politiques
Dans le détail, la justice lui reproche notamment des irrégularités liées à son rôle à la tête de l’IVD, dont une affaire d’arbitrage impliquant un homme d’affaires, ainsi que des accusations de falsification du rapport final de l’instance. Sihem Bensedrine a été condamnée à cinq ans dans le premier dossier et à 20 ans dans le second, selon son avocat.
Ses soutiens, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), dénoncent des poursuites « infondées » et rappellent que la loi protège les membres de l’IVD contre toute responsabilité liée au contenu de ses rapports. Pour ses défenseurs, ces procédures s’inscrivent dans une dynamique plus large de recul des libertés en Tunisie depuis la prise de pouvoir du président Kaïs Saïed en 2021, marquée par la multiplication des poursuites visant opposants et figures critiques du régime.