La Première ministre japonaise Sanae Takaichi a affirmé, samedi 2 mai à Hanoï, la volonté de Tokyo de jouer « un rôle encore plus actif » dans la consolidation d’un ordre régional fondé sur « la liberté, l’ouverture, la diversité, l’inclusivité et l’État de droit ». S’exprimant devant les étudiants de l’Université nationale du Vietnam, la cheffe du gouvernement a inscrit cette ambition dans la continuité de la stratégie japonaise d’un Indo-Pacifique « libre et ouvert », dix ans après son lancement par l’ancien Premier ministre Shinzo Abe.
Face à « l’intensification de la concurrence géopolitique » et à « l’accélération de l’innovation technologique », Sanae Takaichi a appelé les pays asiatiques à renforcer leur résilience collective et leur capacité à « déterminer leur propre avenir ». Sans nommer explicitement la Chine, elle a dénoncé les risques d’une dépendance excessive envers un seul fournisseur pour les biens stratégiques, pointant des « prix anormalement bas » et plaidant pour des « conditions de concurrence équitables ». Un message qui s’inscrit dans un contexte de crispation croissante entre Tokyo et Pékin autour des routes maritimes et des chaînes d’approvisionnement régionales.
Au Japon, une coopération stratégique renforcée avec Hanoï
Cette prise de position intervient dans le cadre de la première visite officielle de Sanae Takaichi au Vietnam depuis son arrivée au pouvoir. Reçue par son homologue vietnamien Le Minh Hung, la dirigeante japonaise a signé plusieurs accords destinés à approfondir le partenariat bilatéral en matière de sécurité énergétique, de résilience des chaînes logistiques et d’innovation technologique.
Les deux pays ont notamment convenu d’intensifier leur coopération dans les secteurs jugés stratégiques : énergie, ressources minérales critiques, intelligence artificielle, semi-conducteurs et spatial. Le Japon, principal bailleur d’aide publique au développement du Vietnam, entend ainsi consolider un partenaire devenu central dans sa politique asiatique, alors que les échanges commerciaux bilatéraux ont franchi pour la première fois le seuil des 50 milliards de dollars l’an dernier.
Entre diplomatie d’équilibre vietnamienne et rivalité avec Pékin
Si Hanoï partage avec Tokyo plusieurs préoccupations concernant les ambitions territoriales chinoises en mer de Chine méridionale, le Vietnam demeure attaché à sa traditionnelle « diplomatie du bambou », consistant à préserver des relations équilibrées avec l’ensemble des grandes puissances. Cette prudence contraste avec la nette dégradation des rapports entre le Japon et la Chine ces derniers mois, Pékin accusant Tokyo de vouloir raviver une logique de confrontation entre blocs à travers sa vision indo-pacifique.
En réactualisant cette doctrine, Sanae Takaichi cherche donc à faire du Vietnam un pivot de la stratégie japonaise en Asie du Sud-Est, à la fois pour sécuriser les approvisionnements essentiels, protéger la liberté de navigation et bâtir un front économique plus résilient face aux turbulences internationales.