Dans le sud du Liban, plusieurs localités sont méthodiquement détruites par l’armée israélienne, laissant derrière elles des paysages de ruines et un profond sentiment de perte chez les habitants. À Khiyam, Ali feuillette un vieil album de famille en évoquant une maison construite il y a plus d’un siècle et demi par son trisaïeul. « Chaque génération y a laissé son empreinte », raconte-t-il, avant de constater avec amertume qu’il ne reste aujourd’hui qu’un amas de gravats. La bâtisse, située sur une colline face à la frontière israélienne, aurait été détruite à l’explosif avant d’être aplanie par un bulldozer.
Les explosions se multiplient dans la région, comme à Jdeidet Marjeyoun où une déflagration a récemment retenti, enveloppant Khiyam d’un épais nuage de fumée. Sur place, les habitants parlent d’un quartier entièrement rasé. Ancienne ville marquée par la présence d’une prison durant l’occupation israélienne (1978-2000), Khiyam n’est désormais plus qu’un vaste champ de décombres.
Destructions systématiques et effacement des repères collectifs au Liban
Selon plusieurs témoignages et sources locales, le même scénario se répète dans des dizaines de villages frontaliers. Le ministre israélien de la Défense aurait ordonné l’accélération de la destruction des habitations situées dans les zones dites de contact, une stratégie présentée comme préventive mais dénoncée par les autorités libanaises comme une destruction massive et indiscriminée des infrastructures civiles.
Écoles, lieux de culte, bâtiments administratifs et zones résidentielles seraient touchés. À Bayada, un restaurant emblématique a été détruit, tandis que le port de Naqoura a également été visé, suscitant une plainte du Liban auprès d’instances internationales. Dans plusieurs localités, les habitants évoquent la disparition de repères essentiels, allant jusqu’à la destruction de cimetières.
Les conséquences humanitaires sont considérables : plus d’un million de personnes auraient été déplacées, et des dizaines de villages seraient en grande partie ou totalement vidés de leurs habitants. Dans certaines zones, les destructions sont qualifiées de « domicide » par des experts libanais, désignant une stratégie visant à empêcher tout retour des populations. Entre gravats et exil, les habitants tentent de préserver ce qu’ils peuvent de leur histoire, emportant parfois documents administratifs et titres de propriété, dans l’espoir de sauvegarder leurs droits sur leur terre.