PORTRAIT ASIE-PACIFIQUE

Qui est Mojtaba Khamenei, le fils d’Ali Khamenei devenu guide suprême de l’Iran ?

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Après la mort d’Ali Khamenei lors d’une frappe israélienne, son fils Mojtaba Khamenei a été désigné guide suprême de l’Iran par l’Assemblée des experts, suscitant interrogations et controverses.
Qui est Mojtaba Khamenei, le fils d’Ali Khamenei devenu guide suprême de l’Iran ?
Mojtaba Khamenei, fils d’Ali Khamenei et nouveau guide suprême de l’Iran

Après la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei lors d’une frappe israélienne, la question de sa succession agitait l’Iran depuis plusieurs jours. Dimanche 8 mars, l’Assemblée des experts a finalement choisi son fils, Mojtaba Khamenei, pour prendre la tête de la République islamique. Âgé de 56 ans et longtemps resté dans l’ombre du pouvoir, il est considéré comme l’une des figures les plus influentes du régime.

Avant même la disparition de son père, son nom circulait déjà parmi les successeurs potentiels. Son accession au pouvoir soulève toutefois un paradoxe politique : l’instauration possible d’une forme de succession dynastique au sein d’une République islamique née en opposition à la monarchie héréditaire de Mohammad Reza Pahlavi.

Au sein du « Beit », le bureau du guide suprême, Mojtaba Khamenei occupait un rôle comparable à celui qu’avait tenu Ahmad Khomeini auprès de son père, le fondateur de la République islamique Rouhollah Khomeini. Selon l’organisation américaine United Against Nuclear Iran, cette fonction combine des rôles d’aide de camp, de confident et d’arbitre des équilibres de pouvoir au sommet de l’État.

Selon l’agence Reuters, il se trouvait dans le complexe du guide suprême lors de la frappe qui a coûté la vie à son père. Son épouse, Zahra Haddad Adel, issue d’une famille proche du pouvoir religieux, a également été tuée. Leur disparition a renforcé l’image de « martyrs » au sein du camp conservateur, ce qui aurait contribué à consolider son soutien auprès des 88 religieux chiites de l’Assemblée des experts chargés de désigner le nouveau guide.

Plusieurs figures du clergé pouvaient prétendre à cette succession, parmi lesquelles Alireza Arafi, Mohammad Mehdi Mirbagheri ou encore Hassan Khomeini, petit-fils du fondateur de la République islamique. Un autre prétendant potentiel, l’ancien président Ebrahim Raïssi, est décédé dans un accident d’hélicoptère en 2024, laissant le champ plus libre au fils du guide suprême.

Mojtaba Khamenei, un homme de réseaux, aux qualifications religieuses contestées

Né en 1969 à Mashhad, Mojtaba Khamenei a grandi dans un contexte marqué par la contestation du régime du chah. Après la révolution islamique de 1979, sa famille s’est installée à Téhéran. Durant la guerre entre l’Iran et l’Irak, il sert au sein du bataillon Habib ibn Mazahir, rattaché aux Gardiens de la révolution islamique.

Avec l’accession de son père au poste de guide suprême en 1989, son influence s’est progressivement renforcée au cœur du pouvoir. Des câbles diplomatiques américains révélés par WikiLeaks le décrivaient déjà à la fin des années 2000 comme « le pouvoir derrière les toges », soulignant son rôle central dans les réseaux politiques et sécuritaires du régime.

Cependant, ses qualifications théologiques sont régulièrement mises en cause. Mojtaba Khamenei ne possède que le rang intermédiaire de hojatoleslam, alors que la Constitution iranienne prévoit en principe que le guide suprême atteigne le statut d’ayatollah marja, considéré comme une autorité religieuse majeure.

Sa proximité avec les Gardiens de la révolution islamique et leur branche extérieure, la force Al-Qods, lui a également valu d’être sanctionné par les États-Unis en 2019 sous l’administration de Donald Trump. Washington l’accusait alors de soutenir les ambitions régionales de Téhéran et de participer à la répression interne.

Des enquêtes, notamment publiées par Bloomberg, évoquent par ailleurs l’existence d’un vaste réseau d’investissements immobiliers à l’étranger, notamment à Londres, Francfort et Dubaï, via des sociétés écrans. Dans la sphère politique iranienne, ses détracteurs l’accusent aussi d’avoir soutenu en coulisses l’ascension et la réélection contestée de l’ancien président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad en 2005 et 2009.

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