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Macron en Arménie : Paris renforce son alliance avec Erevan dans un Caucase en mutation

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Emmanuel Macron effectue sa première visite bilatérale en Arménie pour consolider le partenariat stratégique avec Erevan, soutenir son rapprochement avec l’UE et accompagner la paix avec l’Azerbaïdjan.
Macron en Arménie : Paris renforce son alliance avec Erevan dans un Caucase en mutation
Emmanuel Macron et le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan arrivent à Paris le 5 octobre 2018 pour l'hommage national à Charles Aznavour

Le président français Emmanuel Macron effectuera lundi soir et mardi sa première visite bilatérale en Arménie, avec l’ambition affichée d’« approfondir » une relation qualifiée par l’Élysée d’« historique d’amitié », dans un contexte régional profondément redessiné par l’accord de paix conclu entre Erevan et Bakou.

Cette séquence diplomatique s’ouvrira dans le prolongement du sommet de la Communauté politique européenne (CPE), organisé lundi à Erevan, et réunissant la quasi-totalité des dirigeants du continent, membres ou non de l’Union européenne. Selon la présidence française, cette visite s’inscrit sous un « triple signe » : le renforcement de la coopération franco-arménienne, l’accélération du rapprochement entre l’Arménie et l’Union européenne à travers un sommet UE-Arménie mardi, et l’accompagnement de la nouvelle dynamique de paix avec l’Azerbaïdjan.

La conclusion de l’accord de paix entre les deux voisins du Caucase, longtemps opposés autour du Haut-Karabakh, ouvre selon Paris une « nouvelle ère de coopération régionale », susceptible de repositionner la zone comme un carrefour stratégique de routes commerciales, énergétiques et logistiques entre l’Europe et l’Asie.

Dans ce cadre, Emmanuel Macron et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian signeront un accord de partenariat stratégique prévoyant notamment un renforcement substantiel de la coopération militaire. La défense constitue déjà un axe fort de cette relation, illustré par la livraison de radars français et par la commande de 36 canons Caesar passée par Erevan en 2024.

D’autres engagements devraient être formalisés dans les secteurs des transports et des infrastructures. L’Élysée évoque ainsi des perspectives pour Airbus ainsi qu’un engagement appuyé de l’État français dans la réalisation d’un tunnel sur l’axe routier nord-sud arménien, projet jugé structurant pour le désenclavement du pays.

Au programme figurent également plusieurs séquences mémorielles et culturelles : après un dîner d’État lundi soir, Emmanuel Macron se recueillera mardi au Mémorial du génocide arménien, visitera le musée Matenadaran, haut lieu du patrimoine manuscrit arménien, puis parrainera un accord de coopération avec la Bibliothèque nationale de France. Les deux dirigeants se rendront enfin à Gyumri, ville meurtrie par le séisme dévastateur de 1988.

Macron en Arménie : Erevan entre ouverture européenne et dépendance persistante à Moscou

Cette visite intervient alors que l’Arménie poursuit, sous l’impulsion de Nikol Pachinian, une délicate stratégie de rééquilibrage diplomatique visant à rompre partiellement son isolement géographique et politique sans provoquer de rupture frontale avec son allié russe.

Erevan multiplie depuis plusieurs mois les gestes d’ouverture envers l’Union européenne et les partenaires occidentaux, dans l’espoir de diversifier ses soutiens sécuritaires et économiques. Toutefois, ce rapprochement demeure freiné par la profondeur des liens institutionnels, militaires et énergétiques qui continuent d’unir l’Arménie à Moscou.

Le pays reste en effet membre de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), alliance militaire dominée par la Russie, même si sa participation a été gelée en 2024. Cette situation illustre l’ambivalence arménienne : rechercher de nouveaux appuis sans pouvoir encore se détacher complètement de la sphère d’influence russe.

Parallèlement, Erevan poursuit un autre chantier diplomatique majeur avec Ankara. Longtemps ennemis irréconciliables, l’Arménie et la Turquie ont engagé ces dernières années un processus progressif de normalisation, avec pour objectif l’ouverture de leur frontière terrestre fermée depuis 1993, un pas décisif dans la lutte contre l’enclavement du pays.

Déjà présent en Arménie en 2018 à l’occasion du sommet de la Francophonie, Emmanuel Macron revient cette fois dans un cadre strictement bilatéral, au moment où le petit État caucasien tente de redéfinir sa place entre Europe, Russie et voisinage régional.

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