Officiellement silencieux sur la visite de Donald Trump en Chine, Téhéran n’en suit pas moins de près les évolutions diplomatiques entre Pékin et Washington, dont les effets indirects pourraient redessiner les équilibres régionaux. Selon des sources citées par notre correspondant à Téhéran, Siavosh Ghazi, l’Iran a récemment autorisé une trentaine de navires chinois à franchir le détroit d’Ormuz, à condition de respecter les protocoles imposés par les autorités iraniennes, notamment les itinéraires définis par Téhéran et le paiement de taxes.
Quelques heures auparavant, le chef de la diplomatie iranienne assurait que le détroit restait ouvert, tout en rappelant que la circulation commerciale ne pourrait être pleinement garantie qu’à la condition que les États-Unis lèvent leurs restrictions sur les ports iraniens. Une position qui s’inscrit dans une stratégie plus large de pression diplomatique sur Washington.
Dans ce contexte, le maintien des achats de pétrole iranien par la Chine constitue un signal positif pour Téhéran. Pékin absorbe environ 90 % des exportations pétrolières iraniennes et reste son premier partenaire économique, avec près de 40 milliards de dollars d’échanges annuels, un chiffre que les deux pays ambitionnent de porter à 100 milliards. Face aux États-Unis, la consolidation d’un axe impliquant la Chine, la Russie et l’Iran apparaît comme un levier stratégique majeur pour Téhéran.
New Delhi entre inquiétude stratégique et repositionnement diplomatique entre l’Iran et la Chine
La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping suscite une attention particulière en Inde, où l’hypothèse d’un rapprochement sino-américain est perçue avec prudence. À New Delhi, certains responsables redoutent qu’un accord direct entre les deux puissances ne réduise la marge de manœuvre indienne en Asie, en particulier dans la zone indopacifique.
Depuis deux décennies, l’Inde a su tirer parti des tensions entre Washington et Pékin pour s’imposer comme un partenaire clé des États-Unis dans la région. Un apaisement durable entre les deux géants pourrait fragiliser cet équilibre stratégique. Dans le même temps, New Delhi espère que les discussions entre Donald Trump et Xi Jinping contribueront à stabiliser la situation autour du détroit d’Ormuz, crucial pour ses approvisionnements énergétiques.
C’est dans ce climat d’incertitude que le Premier ministre Narendra Modi entame une tournée de six jours aux Émirats arabes unis et en Europe. Une initiative qui vise à diversifier les partenariats économiques et technologiques de l’Inde, alors que la diplomatie américaine apparaît de plus en plus imprévisible aux yeux de ses alliés asiatiques.