ANALYSE ASIE-PACIFIQUE

Inde : le silence stratégique de Narendra Modi face aux frappes sur l’Iran

ANALYSE ASIE-PACIFIQUE
Face aux frappes américano-israéliennes sur l’Iran, l’Inde adopte une posture prudente, entre soutien discret aux États-Unis et maintien de ses liens avec Téhéran, testant sa neutralité traditionnelle au Moyen-Orient.
Inde : le silence stratégique de Narendra Modi face aux frappes sur l’Iran
Narendra Modī, Premier ministre de l'Inde

Resté silencieux depuis le début des frappes américano-israéliennes sur l’Iran, le gouvernement de Narendra Modi adopte une posture prudente. Ni soutien explicite aux États-Unis et à Israël, ni rupture avec l’Iran : l’Inde navigue entre deux eaux, remettant en question sa traditionnelle neutralité dans la région.

Le Premier ministre indien s’est muré dans le silence après l’attaque contre l’IRIS Dena, frégate iranienne présente à des exercices multilatéraux dans le golfe du Bengale, qui a coûté la vie à au moins 84 personnes. Ce n’est que le lendemain que Modi s’est limité à déclarer qu’« aucun problème ne peut être résolu uniquement par un conflit militaire ». Cette prudence a suscité de vives critiques de l’opposition, le Parti du Congrès accusant le Premier ministre d’« abandon irresponsable » des intérêts stratégiques indiens.

Historiquement, New Delhi réussissait à entretenir des relations équilibrées avec Israël, l’Iran et les pays du Golfe, tout en évitant de s’impliquer dans leurs conflits. Aujourd’hui, cette posture est contestée, certains observateurs y voyant une menace pour l’« autonomie stratégique » de l’Inde. La récente visite de Modi à Tel-Aviv, qui a officialisé un « partenariat stratégique spécial » avec Israël, marque un tournant. Ce rapprochement, à la fois militaire, technologique et commercial, visait à renforcer les liens avec les États-Unis et à compenser la proximité croissante de Washington avec le Pakistan.

Entre sanctions, pétrole et stratégie d’attente pour l’Inde

Le conflit au Moyen-Orient a mis New Delhi face à un dilemme économique majeur. Le blocage du détroit d’Ormuz, passage clé pour le commerce énergétique, menace l’approvisionnement en pétrole de l’Inde, dépendante de l’Irak, des Émirats, de l’Arabie saoudite et du Qatar. Washington a accordé une dérogation temporaire de 30 jours pour les achats de pétrole russe, mais cette mesure pourrait s’accompagner de contreparties économiques.

En même temps, l’Inde n’a pas rompu ses liens avec l’Iran, un partenaire historique dans le pétrole et le développement du port de Chabahar, mais a limité ses relations depuis dix ans pour ménager les États-Unis. Le conflit risque d’aggraver le déficit commercial et l’inflation, avec des répercussions sur la roupie, les exportations vers le Golfe et les transferts financiers de millions d’Indiens travaillant dans la région.

Face à cette situation, certains experts estiment que le silence de Modi pourrait être une stratégie de prudence. New Delhi semble chercher à conserver une marge de manœuvre dans un contexte géopolitique en mutation, utilisant ses partenariats régionaux pour peser sur l’Afghanistan et le Pakistan tout en restant en retrait dans le conflit direct.

L'INFO EN CONTINU

Toute l'actualité

À LIRE ENSUITE

LES PLUS LUS