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Les exilés Vénézuéliens dans une attente prudente: « Personne ne va se précipiter pour rentrer »

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L’image a fait le tour du monde : Nicolas Maduro, président déchu, présenté lundi devant un tribunal à New York. Pour les millions de Vénézuéliens contraints à l’exil ces dernières années, la scène a ravivé des souvenirs douloureux, mais aussi un mince espoir. Pourtant, loin de l’euphorie, l’heure est surtout à la retenue. Selon plusieurs témoignages recueillis par l’AFP, la grande majorité des exilés ne se voit pas rentrer au pays dans l’immédiat.
« Personne ne va se précipiter pour rentrer » : l’attente prudente des exilés vénézuéliens
Manifestations au Venezuela

Entre soulagement et méfiance

Exilés vénézuéliens : À Bogota, Buenos Aires ou Madrid, beaucoup ont retenu leurs larmes en apprenant la chute de celui qu’ils tiennent pour responsable de leur départ. Certains ont pensé à leurs parents restés au pays, à une maison abandonnée, à une vie interrompue. « On a tous rêvé, ne serait-ce qu’un instant, de rentrer », confie une Vénézuélienne installée en Colombie. Mais l’enthousiasme est vite retombé.

Pour Ligia Bolívar, sociologue et défenseure des droits humains vivant en Colombie depuis 2019, la situation reste inchangée sur le fond. « Il n’y a pas eu de transition, pas de nouveau pouvoir. Dans ces conditions, personne ne va se précipiter pour rentrer », explique-t-elle à l’AFP. Dans la diaspora, le mot revient souvent : attendre.

Un pouvoir qui ne rassure pas les vénézuéliens

La méfiance est alimentée par la continuité politique à Caracas. La vice-présidente Delcy Rodríguez a été investie présidente par intérim, entourée de figures bien connues du chavisme. Parmi elles, Diosdado Cabello, dont le nom reste associé aux arrestations massives de 2024, et le ministre de la Défense Vladimir Padrino López.

Devant le consulat du Venezuela à Bogota, Alejandro Solorzano, 35 ans, attend de renouveler son passeport. Il regarde la situation avec lucidité. « Tout reste pareil », lâche-t-il simplement. Comme beaucoup, il ne se sent pas en sécurité à l’idée de rentrer, malgré les annonces américaines promettant « une nouvelle ère ».

La peur et la survie économique

Pour nombre d’exilés, les raisons de rester à l’étranger sont très concrètes. Le Venezuela reste économiquement exsangue, incapable d’offrir un emploi stable à ceux qui rentreraient. Beaucoup continuent d’envoyer de l’argent à leurs proches, devenant un soutien vital pour des familles entières.

À cela s’ajoute la crainte persistante de l’appareil sécuritaire. Plusieurs exilés interrogés par l’AFP évoquent la présence de groupes armés dans les rues de Caracas, chargés de dissuader toute manifestation après la chute de Maduro. Une réalité qui ravive de vieux traumatismes et renforce l’idée que le danger n’a pas disparu.

Une opposition absente, un espoir en suspens

La mise à l’écart de María Corina Machado a également refroidi les attentes. Beaucoup dans la diaspora espéraient la voir incarner le renouveau politique. Son exclusion du processus de transition, malgré les appels de l’Union européenne, est vécue comme un signal négatif.

Andrea, conseillère en immigration de 47 ans installée à Buenos Aires, pense pourtant que cette prudence est calculée. Selon elle, Washington veut d’abord s’assurer que « les leviers du pouvoir sont sous contrôle » avant d’exposer l’opposition. Une analyse partagée par Tamara Suju, experte des droits humains basée en Espagne, qui parle d’un « mal nécessaire » pour éviter un chaos immédiat.

Attendre encore, malgré la fatigue de l’exil

Pour Edwin Reyes, vitrier de 46 ans vivant en Colombie depuis huit ans, la ligne est claire. Il ne retournera au Venezuela que lorsqu’il se sentira libre de vivre sans peur. « On a déjà attendu si longtemps », confie-t-il à l’AFP. « Quatre ou cinq mois de plus ne feront pas de différence. »

Derrière ces mots simples, se cache une lassitude profonde. L’exil dure, les racines se déplacent, mais l’attachement au pays reste intact. Pour l’instant, les Vénézuéliens de l’étranger regardent Caracas de loin, le cœur partagé entre l’espoir et la prudence.

Avec AFP

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