Abhijeet Dipke, 30 ans, étudiant indien à l’université de Boston spécialisé en communication politique et ancien collaborateur du parti d’opposition Aam Aadmi Party (AAP), a lancé le 16 mai un parti politique parodique en ligne baptisé « Cockroach Janata Party » (CJP). Le nom fait écho au Bharatiya Janata Party (BJP), formation nationaliste du Premier ministre Narendra Modi, qu’il détourne de manière satirique.
Cette initiative intervient après des propos attribués au président de la Cour suprême, Surya Kant, qui aurait qualifié des jeunes critiques du gouvernement de « cafards » et de « parasites » lors d’une audience. Le magistrat a ensuite affirmé que ses propos avaient été sortis de leur contexte et visaient en réalité des personnes utilisant de faux diplômes. Le CJP s’est construit en réaction à cette polémique, avec un slogan revendiquant « un front politique de la jeunesse, par la jeunesse, pour la jeunesse ».
Une popularité fulgurante malgré les tentatives de blocage en Inde
Très rapidement, le mouvement en ligne a rencontré un large écho sur les réseaux sociaux. Le compte X du CJP a attiré plus de 218 000 abonnés avant d’être bloqué en Inde, les autorités invoquant la réglementation stricte encadrant les contenus numériques. Un nouveau compte, intitulé « Cockroach is Back », a ensuite été créé et a réuni environ 150 000 abonnés en quelques heures.
Sur Instagram, le succès est encore plus spectaculaire : le profil du CJP compterait près de 20 millions d’abonnés, dépassant largement ceux de grands partis politiques indiens. Cette popularité est interprétée par certains observateurs comme le signe d’un malaise profond au sein de la jeunesse indienne. Le député d’opposition Shashi Tharoor y voit l’expression d’une « frustration et d’un mécontentement » croissants.
Dans le même temps, les autorités indiennes ont cherché à restreindre la diffusion du mouvement en ligne, pouvant demander aux plateformes de supprimer des contenus jugés « répréhensibles ». Le ministère des Technologies de l’information n’a pas réagi officiellement, mais plusieurs médias évoquent une recommandation des services de renseignement pour bloquer le compte X du CJP. Le Times of India, dans un éditorial, estime que ce phénomène pourrait représenter une concurrence inattendue pour les partis politiques établis.