Conformément à la Constitution vénézuélienne, la Cour suprême a ordonné, le samedi 3 janvier, à la vice-présidente Delcy Rodríguez d’assurer l’intérim du pouvoir en raison de l’« absence temporaire » du président après son enlèvement par Washington.
Quelques heures après l’opération militaire américaine, Donald Trump avait affirmé lors d’une conférence de presse que Delcy Rodríguez avait dit au secrétaire d’État américain Marco Rubio être prête à coopérer avec les États-Unis.
Cette version a été rapidement démentie par Delcy Rodríguez lors d’une réunion du Conseil de défense de la Nation, diffusée en direct à la télévision d’État. « Nous sommes prêts à défendre le Venezuela et nos ressources naturelles, qui doivent servir au développement national », a-t-elle affirmé.
Déterminée, elle a exigé « la libération immédiate du président Nicolas Maduro et de son épouse Cilia Flores », rappelant que « l’unique président du Venezuela, c’est Nicolás Maduro ».
Un pedigree de gauche
Née à Caracas, Delcy Rodríguez est la fille de Jorge Antonio Rodríguez, militant marxiste et fondateur du parti révolutionnaire Liga Socialista, décédé en détention en 1976 après son arrestation liée à l’enlèvement d’un homme d’affaires américain. Elle est également la sœur de Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale, lui aussi pilier du régime.
Son parcours familial la prédestinait à la politique et à devenir « une pièce maîtresse du dispositif maduriste », selon le journal d’opposition vénézuélien El Nacional.
Une ascension politique rapide
Formée en droit, notamment en droit du travail en France, Delcy Rodríguez a gravi les échelons politiques ces dix dernières années. Elle a débuté au gouvernement sous Hugo Chávez en 2006 comme ministre du Bureau de la présidence. En 2013, Nicolas Maduro la nomme ministre de la Communication et de l’Information, puis de 2014 à 2017, elle devient la première femme ministre des Affaires étrangères.
En juin 2018, elle accède à la vice-présidence. Nicolas Maduro la décrit alors sur X comme « une jeune femme courageuse, expérimentée, fille d’un martyr, révolutionnaire et aguerrie par mille combats ».
Élue en 2017 présidente de l’Assemblée nationale constituante, elle contribue à élargir les pouvoirs de Maduro. Sa défense acharnée du régime lui vaut d’être surnommée « la tigresse » par le président.
Sous sanctions internationales
Depuis la réélection contestée de Maduro en 2018, Delcy Rodríguez est visée par des sanctions européennes (gel des avoirs et interdiction de visa) pour violations des droits humains et atteintes à la démocratie. Les États-Unis ont également placé son nom sur leur liste de sanctions.
En août 2024, elle ajoute les ministères des Finances et du Pétrole à son portefeuille, gérant notamment l’intensification des sanctions américaines contre le secteur clé de l’économie.
Le New York Times souligne son profil de « technocrate », capable de « tisser des liens avec les élites économiques » nationales et internationales. Ses réformes favorables au marché – privatisation d’actifs publics et politique fiscale prudente – ont contribué à stabiliser l’économie vénézuélienne après son effondrement entre 2013 et 2021.
Un mandat incertain
Pour l’instant, la Cour n’a pas déclaré Nicolas Maduro définitivement absent, ce qui, selon la Constitution, obligerait à convoquer de nouvelles élections dans les trente jours.
Selon The Guardian, Delcy Rodríguez devra naviguer « sur une corde raide » entre répondre aux attentes de Washington et maintenir le soutien de l’armée et des loyalistes bolivariens. Dimanche 4 janvier, elle a obtenu la reconnaissance de l’armée.
Iria Puyosa, chercheuse à l’Atlantic Council, estime toutefois qu’elle « ne pourra pas garantir la stabilité nécessaire », faute de soutien unanime dans le parti au pouvoir et face au déclin de la popularité du chavisme.
Le samedi suivant, Donald Trump a déclaré que les États-Unis allaient « diriger le pays jusqu’à une transition sûre, appropriée et judicieuse », tout en écartant la cheffe de l’opposition et prix Nobel de la paix 2025, Maria Corina Machado, du pouvoir.
Le dimanche, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a jugé « prématuré » de parler d’élections, précisant que Washington évaluerait les actions de Delcy Rodríguez et des autres dirigeants avant de décider de la suite. « La différence », a-t-il ajouté, « est que la personne qui était aux commandes avant n’était pas quelqu’un avec qui on pouvait travailler et qui ne respectait pas ses accords ».
Avec Affairage.ci