Blessé et introuvable depuis la frappe américaine ayant coûté la vie à son père, Mojtaba Khamenei demeure pourtant au cœur du pouvoir iranien. Selon une enquête de CNN publiée le 8 mai, les services de renseignement américains estiment que le Guide suprême de 56 ans continue d’influencer la stratégie de Téhéran face à Israël et aux États-Unis, malgré son isolement et l’incertitude entourant son état de santé.
D’après plusieurs sources citées par le média américain, le dirigeant iranien jouerait encore un rôle déterminant dans les grandes orientations politiques et diplomatiques du pays, alors que le régime est fragilisé par les bombardements et les divisions internes. D’autres responsables nuancent toutefois cette influence, affirmant que Mojtaba Khamenei ne serait accessible que de manière sporadique, compliquant sa participation directe aux négociations.
Un état de santé entouré de mystère
Le flou persiste autour de l’état de santé du Guide suprême iranien. Selon une enquête du The New York Times publiée fin avril, il aurait été grièvement blessé lors de la frappe américaine, souffrant notamment de brûlures au visage et ayant subi plusieurs opérations à la jambe. Caché dans un lieu tenu secret, il éviterait toute communication électronique afin de ne pas être localisé.
Malgré cette absence publique prolongée, les autorités iraniennes tentent de rassurer l’opinion. Le président iranien Masoud Pezeshkian a récemment affirmé avoir rencontré le chef suprême pendant plus de deux heures. De son côté, Maaeher Hosseini, responsable du protocole du bureau du Guide suprême, a dénoncé les « rumeurs » propagées par « l’ennemi », assurant que Mojtaba Khamenei était « en bonne santé ». Après avoir longtemps nié toute blessure, il a finalement reconnu qu’un éclat d’obus l’avait atteint derrière l’oreille.
L’image de Khamenei utilisée comme levier politique
Pour plusieurs analystes, l’importance de Mojtaba Khamenei dépasse désormais sa présence physique. Selon Ali Vaez, directeur du projet Iran au sein de l’International Crisis Group, le régime utilise encore l’image du Guide suprême comme caution politique dans les discussions avec Washington.
L’expert estime que le pouvoir iranien continue de présenter Khamenei comme l’autorité validant les grandes décisions stratégiques, offrant ainsi une protection politique aux négociateurs face aux critiques internes. « Mojtaba est invisible dans cette affaire, donc lui attribuer certaines positions constitue une bonne couverture », explique-t-il.
Cette opacité alimente également les difficultés des États-Unis à comprendre les véritables équilibres du pouvoir iranien. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a lui-même reconnu que le système iranien apparaissait « fragmenté » et « dysfonctionnel ». Pendant ce temps, les opérations quotidiennes seraient désormais pilotées par le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf et les hauts responsables du Corps des Gardiens de la révolution.
Malgré les pertes enregistrées depuis le début du conflit, plusieurs observateurs soulignent que les principaux centres de pouvoir restent contrôlés par des figures proches du régime actuel. Une situation qui continue de compliquer la lecture américaine de la scène politique iranienne.