L’ancien président français Nicolas Sarkozy comparaît ce mercredi devant la cour d’appel de Paris dans le procès du financement libyen présumé de sa campagne présidentielle de 2007.
Cette nouvelle audition intervient dans un climat particulièrement tendu, marqué par la fracture grandissante entre l’ex-chef de l’État et son ancien bras droit Claude Guéant, dont les récentes attestations fragilisent la défense de l’ancien locataire de l’Élysée. Le procès en appel, ouvert le 16 mars et appelé à se poursuivre jusqu’en juin, réexamine la lourde condamnation prononcée en première instance contre Nicolas Sarkozy dans ce dossier tentaculaire de corruption présumée avec le régime libyen.
Claude Guéant fissure la ligne de défense de Sarkozy
À la barre, Nicolas Sarkozy doit une nouvelle fois répondre aux magistrats sur l’existence supposée d’un pacte conclu avec le régime de Mouammar Kadhafi pour soutenir financièrement sa conquête de l’Élysée en 2007. L’ancien président continue de nier tout financement occulte et rejette en bloc les accusations de corruption. Mais au fil des audiences, les contradictions entre les différents protagonistes ont considérablement alourdi le climat judiciaire.
Le tournant majeur du procès réside désormais dans les déclarations écrites de Claude Guéant. Empêché de comparaître pour raisons de santé, l’ancien ministre a transmis plusieurs attestations à la cour, dans lesquelles il contredit sur des points sensibles la version défendue par Nicolas Sarkozy. Sans l’incriminer frontalement, Claude Guéant insiste sur le fait qu’il n’agissait jamais de sa propre initiative mais sous validation hiérarchique. Une nuance lourde de conséquences qui laisse entendre que certaines démarches diplomatiques engagées avec Tripoli étaient connues, sinon pilotées, au plus haut niveau de l’État. Ces courriers ont créé une rupture spectaculaire entre deux hommes qui affichaient jusqu’ici un front judiciaire uni.
Le spectre d’un pacte pétrolier et politique avec Tripoli
Au centre des interrogations judiciaires figure toujours la question des contreparties que la France aurait pu consentir à la Libye en échange d’un soutien financier clandestin. Le nom d’Abdallah Senoussi, beau-frère de Mouammar Kadhafi et condamné en France pour l’attentat du DC-10 d’UTA, revient avec insistance dans les débats. Claude Guéant soutient qu’un échange sensible autour de sa situation judiciaire aurait été évoqué lors d’un dîner officiel à Tripoli, version que Nicolas Sarkozy conteste fermement. Pourtant, les magistrats s’attachent à reconstituer une série de rencontres discrètes, de missions diplomatiques parallèles et de transferts financiers suspects entre intermédiaires franco-libyens au milieu des années 2000.
En toile de fond, l’accusation continue de défendre la thèse d’un système d’influence alimenté par les ressources stratégiques de la Libye, première réserve pétrolière du continent africain. Selon les juges de première instance, plusieurs flux financiers en provenance de réseaux proches de Tripoli ont bien été identifiés, même si le lien direct avec les comptes de campagne n’a jamais été matériellement établi. C’est précisément cette zone grise — entre faisceau d’indices, tractations diplomatiques et soupçons de contreparties — que la cour d’appel tente aujourd’hui d’éclaircir. Plus que jamais, Nicolas Sarkozy apparaît prisonnier d’un dossier où l’ombre de l’or noir libyen continue de planer sur son destin judiciaire.