Alors qu’en Asie la crise énergétique prend déjà l’allure d’un véritable choc pétrolier, le gouvernement français s’efforce de calmer les inquiétudes sur l’approvisionnement national. Invité de France Inter ce mardi, le ministre de l’Économie Roland Lescure a assuré que l’Hexagone disposait encore d’une marge de sécurité confortable, malgré les secousses provoquées par la guerre au Moyen-Orient. « On se prépare à tout », a-t-il affirmé, tout en excluant à court terme tout scénario de pénurie dans les stations-service.
Le ministre a insisté sur la solidité du filet de sécurité français : en cas d’arrêt complet des importations, le pays pourrait tenir environ trois mois grâce à ses stocks stratégiques. La France dispose en effet d’un peu plus de 100 millions de barils de brut, soit environ 108 jours d’importations nettes, un niveau supérieur au seuil minimal de 90 jours imposé par l’Agence internationale de l’énergie. Jusqu’ici, seule une part marginale de ces réserves a été mobilisée, ce qui laisse selon Bercy « encore énormément de réserves » à disposition.
Des réserves françaises encore solides face à la menace d’approvisionnement
Ces stocks stratégiques constituent avant tout une assurance anti-crise, héritée des règles mises en place après le premier choc pétrolier de 1973. Leur vocation n’est pas de compenser durablement une rupture mondiale, mais d’amortir un choc temporaire sur les marchés et de prévenir des tensions immédiates sur la distribution. À l’échelle de l’AIE, les pays membres ont d’ailleurs décidé en mars de débloquer 400 millions de barils afin de stabiliser les cours du brut, brutalement envolés depuis la fermeture partielle du détroit d’Ormuz.
Dans ce contexte, Roland Lescure tient à distinguer la situation française de celle de certains pays asiatiques bien plus dépendants du pétrole du Golfe. Là où le Japon a dû recourir massivement à ses propres réserves pour absorber la flambée des prix, Paris estime ne pas être confronté au même niveau de vulnérabilité immédiate. Le gouvernement redoute surtout un emballement psychologique : à plusieurs reprises ces dernières semaines, l’exécutif a mis en garde contre les achats de précaution susceptibles de créer eux-mêmes les tensions qu’ils prétendent anticiper.
Le kérosène, point de vigilance de l’exécutif avant l’été
Si l’essence et le diesel ne suscitent pas, selon Bercy, d’inquiétude majeure pour les prochaines semaines, un segment reste sous surveillance : celui du carburant aérien. Roland Lescure reconnaît que le kérosène pourrait devenir le maillon fragile de la chaîne énergétique européenne, en raison de la forte dépendance des compagnies aux approvisionnements issus des pays du Golfe.
Certaines compagnies ont déjà commencé à ajuster leurs programmes de vols sous l’effet de la hausse des coûts. Le ministre a annoncé qu’une réunion serait organisée avec le ministre des Transports Philippe Tabarot et l’ensemble des transporteurs afin d’évaluer la préparation des vacances d’été. Pour l’heure, Bercy se veut confiant : « je n’ai pas d’inquiétude pour le mois de mai », a répété Roland Lescure, misant sur une montée en puissance du raffinage européen pour contenir les tensions dans les mois à venir.