En Syrie, ces quartiers, majoritairement peuplés de Kurdes, sont depuis longtemps des zones sensibles. Ils avaient déjà connu des combats meurtriers en octobre, avant qu’un cessez-le-feu fragile ne soit instauré. Cette fois encore, chaque camp accuse l’autre d’avoir déclenché les hostilités, malgré des appels au calme lancés dans la soirée.
Des versions opposées et des civils pris au piège
Selon les autorités syriennes, des tirs de mortiers et de roquettes attribués aux Forces démocratiques syriennes ont provoqué la mort de deux civils et blessé plusieurs autres. De leur côté, les Forces démocratiques syriennes (FDS) affirment qu’une femme a été tuée et que de nombreux civils ont été blessés par des attaques menées par des forces loyales au gouvernement syrien, utilisant des armes lourdes.
Dans les deux cas, ce sont surtout les habitants qui paient le prix de ces affrontements. Les quartiers touchés sont densément peuplés, et chaque reprise des combats alourdit un peu plus le bilan humain et la méfiance entre les communautés.
Une intégration politique qui n’avance pas
Ces violences interviennent à un moment clé. Depuis la chute de l’ancien président Bachar al-Assad en décembre 2024, Alep est passée sous le contrôle des nouvelles autorités syriennes. Toutefois, Cheikh Maqsoud et Achrafieh sont restés sous contrôle de forces kurdes locales, liées aux FDS et à leurs services de sécurité.
Un accord prévoyant l’intégration des forces kurdes civiles et militaires dans les institutions nationales syriennes existe, mais sa mise en œuvre bloque. Les discussions avancent lentement, et la date butoir fixée à la fin décembre semble de plus en plus difficile à tenir. Ce blocage nourrit les tensions sur le terrain et fragilise les équilibres déjà précaires.
La Turquie, acteur clé et pression régionale
Le contexte régional complique encore la situation. Les affrontements ont eu lieu le jour même de la visite dans le pays du ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan. Ankara considère la présence des forces kurdes armées près de sa frontière comme une menace directe pour sa sécurité.
La Turquie partage près de 900 kilomètres de frontière avec la Syrie et a déjà mené plusieurs opérations militaires dans le nord syrien. Soutenues par les États-Unis dans la lutte contre le groupe État islamique, les FDS restent cependant au cœur des inquiétudes turques, notamment en raison de leur contrôle de régions riches en pétrole et en blé.
Une stabilité toujours incertaine
Pour Ankara, la stabilité syrienne est directement liée à sa propre sécurité. Les autorités turques appellent donc à une intégration rapide des forces kurdes dans l’État, par le dialogue et la négociation. De leur côté, les responsables syriens affirment étudier les propositions des FDS, tout en insistant sur la nécessité de préserver l’unité territoriale du pays.
Sur le terrain, pourtant, la réalité reste brutale. À Alep, chaque affrontement rappelle que la transition politique syrienne demeure fragile et que la paix reste conditionnée à des compromis encore loin d’être consolidés.
Avec Affairage.ci