MOYEN-ORIENT

Détroit d’Ormuz : l’Iran envisage un péage maritime aux lourdes conséquences

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L’Iran projette d’imposer un droit de passage dans le détroit d’Ormuz, une mesure controversée aux enjeux économiques et géopolitiques majeurs pour le commerce mondial.
Détroit d'Ormuz : l'Iran envisage un péage maritime aux lourdes conséquences
Une loupe met en évidence le détroit d'Ormuz sur une carte du Moyen-Orient, entre Iran, Oman et les Émirats arabes unis

En Iran, un projet de loi visant à instaurer un droit de passage pour les navires transitant par le détroit d’Ormuz a franchi une première étape, avec son approbation par une commission parlementaire. Le texte prévoit la mise en place de mécanismes financiers, incluant des systèmes de paiement en rials, la monnaie nationale.

Interrogé par RFI, Djamchid Assadi, professeur-chercheur à la Burgundy School of Business, estime que l’application d’une telle mesure dépendra avant tout d’un rapport de force avec la communauté internationale. Selon lui, Téhéran pourrait exiger des navires le dépôt préalable d’une somme sur un compte bancaire pour autoriser leur passage.

Officiellement, ce péage pourrait être perçu via les services douaniers, à l’image des droits appliqués au canal de Suez. Mais, dans les faits, les Gardiens de la Révolution — ou « Pasdarans » — seraient susceptibles d’en contrôler les revenus. L’expert souligne toutefois qu’une telle mesure contrevient aux قواعد du droit international du commerce, qui imposent normalement une concertation préalable avec les acteurs économiques. Il juge peu probable que l’Iran respecte ces procédures formelles.

En Iran, une initiative aux enjeux économiques et géopolitiques majeurs

Pour Djamchid Assadi, ce projet s’inscrit dans un contexte de forte fragilité économique. L’économie iranienne, selon lui, est en crise, et les recettes potentielles issues de ce péage resteraient limitées. Elles pourraient néanmoins contribuer au financement des réseaux d’influence régionaux de Téhéran, notamment des milices alliées présentes au Liban, au Yémen, en Irak ou encore en Afghanistan.

Le texte prévoit également des restrictions ciblées, notamment l’interdiction de passage pour les navires américains et israéliens, ainsi que pour ceux provenant de pays appliquant des sanctions contre l’Iran. Une disposition jugée contraire au droit international, sauf en cas de situation de guerre ou de preuve d’activités illicites à bord des navires concernés.

Sur le plan économique, l’impact potentiel d’un tel péage serait considérable. Environ 20 % du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux transitent par le détroit d’Ormuz, principalement à destination des marchés asiatiques, dont la Chine. Une hausse des tensions dans cette zone stratégique pourrait entraîner une flambée des prix de l’énergie à l’échelle mondiale.

Toutefois, l’expert relativise le risque d’un choc comparable à celui des années 1970, consécutif aux conflits entre Israël et les pays arabes. Il souligne que les économies contemporaines disposent aujourd’hui de sources d’énergie diversifiées et de mécanismes d’adaptation plus robustes face aux perturbations de l’approvisionnement.

Enfin, de possibles mesures de rétorsion de la part des pays consommateurs, notamment occidentaux, pourraient rebattre les cartes diplomatiques. Les Européens, jusqu’ici prudents face aux tensions dans la région, pourraient être amenés à revoir leur position pour contribuer à une désescalade.

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