Depuis le 18 juillet, l’Ukraine concentre une partie de ses frappes sur les entrepôts de Wildberries, la plus grande plateforme de commerce en ligne de Russie. Derrière ces attaques, Kiev poursuit un double objectif : perturber un acteur économique jugé proche de l’effort de guerre russe et faire ressentir aux civils les conséquences directes du conflit.
En quelques jours, neuf sites logistiques de Wildberries ont été touchés dans plusieurs villes, notamment Moscou, Saint-Pétersbourg, Simferopol, Krasnodar et Voronej. Dans le même temps, seulement cinq infrastructures pétrolières ont été visées, selon les données du média indépendant russe Meduza.
Les dégâts sont considérables. Les pertes matérielles et les stocks détruits sont estimés entre 3 et 4,4 milliards de dollars. Les autorités russes indiquent également qu’au moins neuf employés ont perdu la vie lors de ces frappes.
En Ukraine, une stratégie qui vise directement le quotidien des Russes
Pour plusieurs spécialistes, cette campagne s’inscrit dans la continuité des attaques menées contre les raffineries de pétrole.
L’objectif est simple : montrer que la guerre ne se limite plus au front et qu’elle affecte désormais la vie quotidienne des habitants en Russie.
Wildberries occupe une place centrale dans le pays. Plus de 80 millions de personnes utilisent chaque mois la plateforme. Dans de nombreuses régions, elle permet d’accéder à des produits difficiles à trouver dans les commerces traditionnels.
Son rôle dépasse largement celui d’un simple site d’achats en ligne. Comme Amazon Marketplace ou eBay, la plateforme sert aussi de vitrine commerciale à des milliers de petites entreprises et d’entrepreneurs indépendants.
Les conséquences sont donc lourdes. Des commerçants ont vu leurs marchandises disparaître avec les entrepôts détruits. Certains évoquent plusieurs milliers de produits perdus et des investissements réduits à néant.
Selon des responsables ukrainiens, cette pression économique pourrait fragiliser les petites entreprises russes et alimenter le mécontentement contre le Kremlin. Mais cette stratégie reste controversée. Des experts estiment qu’elle pourrait également renforcer le soutien d’une partie de la population envers le pouvoir russe, les frappes étant présentées comme des attaques contre des infrastructures civiles.
Wildberries est-elle liée à l’effort de guerre russe ?
L’Ukraine affirme que Wildberries ne se limite pas à des activités commerciales classiques.
Selon le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, la plateforme permet l’achat de matériel pouvant être utilisé par les forces russes, notamment des gilets pare-balles, des lunettes de vision nocturne et certains composants destinés aux drones.
Des chercheurs expliquent que de nombreuses familles de soldats utilisent effectivement la plateforme pour acheter des équipements destinés à leurs proches mobilisés. Même si la majorité des produits vendus restent civils, ces ventes peuvent indirectement soutenir les capacités militaires russes.
Wildberries représente également un acteur économique majeur. Avec un bénéfice annuel de 175 milliards de roubles en 2025, l’entreprise figure parmi les plus importants contribuables du pays. Pour Kiev, ces recettes fiscales participent indirectement au financement de la guerre.
Sa dirigeante, Tatyana Bakalchuk, est d’ailleurs sous sanctions ukrainiennes depuis 2021. Les autorités de Kiev lui reprochaient déjà, avant l’invasion de 2022, la commercialisation de matériel susceptible d’être utilisé par les groupes armés pro-russes dans le Donbass.
Malgré ces arguments, les frappes continuent de susciter le débat. Même au sein de l’opposition russe en exil, certains s’interrogent sur leur légalité et sur le risque qu’elles soient assimilées à des attaques contre des infrastructures civiles.
Pour plusieurs analystes, cette campagne pourrait toutefois se poursuivre. En diversifiant ses cibles, l’Ukraine cherche à compliquer la défense aérienne russe, tout en accentuant la pression sur le Kremlin à l’approche des élections législatives prévues en septembre 2026.