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Marine Le Pen lance sa campagne présidentielle malgré sa condamnation en appel

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Malgré sa condamnation en appel dans l’affaire des assistants parlementaires européens, Marine Le Pen lance sa campagne présidentielle. Entre stratégie judiciaire, attaques politiques et tensions internes au RN, son pari reste incertain.
Marine Le Pen lance sa campagne présidentielle malgré sa condamnation en appel
Marine Le Pen, Députée de l'Assemblée nationale de France

Condamnée en appel à un an de prison ferme avec aménagement sous bracelet électronique dans l’affaire des assistants parlementaires européens, Marine Le Pen a pourtant officialisé sa candidature à l’élection présidentielle. La décision n’étant pas définitive, la présidente du groupe Rassemblement national a annoncé un pourvoi en cassation, lui permettant de débuter sa campagne sans bracelet électronique et en bénéficiant de la présomption d’innocence. Un choix stratégique qui ouvre une nouvelle bataille, judiciaire autant que politique.

Marine Le Pen condamnée : un pari judiciaire calculé, entre offensive politique et incertitude

Le scénario était préparé depuis plusieurs mois dans l’entourage de Marine Le Pen. Quelques minutes après son annonce de candidature sur TF1, ses équipes ont lancé une mécanique de campagne déjà prête : mise en ligne d’un site de collecte de dons et dévoilement d’un slogan, « La RENAISSANCE ».

Le récit construit par ses soutiens est celui d’une candidate « insubmersible », capable de surmonter toutes les épreuves. Un cadre de sa campagne évoquait déjà l’idée de raconter « celle qui survit à tout, dans le privé comme dans le public ». Une stratégie qui s’appuie sur les nombreux obstacles traversés par Marine Le Pen : l’attentat visant son père lorsqu’elle était jeune, ses deux défaites à la présidentielle, son débat raté face à Emmanuel Macron en 2017, ses changements de position sur l’euro et l’Europe ou encore ses relations controversées avec certains dirigeants étrangers comme Vladimir Poutine et Viktor Orban.

Mais cette nouvelle candidature intervient dans un contexte inédit : Marine Le Pen doit désormais composer avec deux condamnations pénales. Un paradoxe pour une responsable politique qui a longtemps placé la question de la probité des élus au cœur de son discours.

En engageant un recours en cassation, la candidate du RN bénéficie toutefois d’un répit juridique. La procédure lui permet de mener sa campagne en restant présumée innocente. Un délai qui pourrait être limité : la Cour de cassation pourrait rendre sa décision selon une procédure accélérée, potentiellement avant la fin de l’année. En cas de rejet du pourvoi, Marine Le Pen pourrait alors être contrainte de porter un bracelet électronique au moment le plus sensible de la campagne.

Reste une question centrale : les juges appliqueront-ils une éventuelle peine d’inéligibilité ou un aménagement de peine pendant la période électorale ? Un report de la décision après le scrutin est-il envisageable ? Marine Le Pen mise sur cette incertitude juridique. En cas de victoire à l’élection présidentielle, l’immunité attachée à la fonction présidentielle pourrait également changer la donne. Un pari audacieux, mais loin d’être sans danger.

Une candidature qui expose le RN aux attaques et ravive les tensions internes

Sur le terrain politique, cette candidature fournit déjà de nouveaux arguments à ses adversaires. Dès son annonce, plusieurs responsables ont dénoncé le choix de Marine Le Pen de se présenter malgré sa condamnation. Édouard Philippe a rappelé qu’elle réclamait autrefois « l’inéligibilité à vie » pour les élus condamnés pour détournement de fonds. Gabriel Attal a insisté sur la question morale posée par une candidature portée par une personnalité condamnée, tandis que le camp Les Républicains a accusé la dirigeante du RN de fragiliser les institutions.

À gauche, les critiques ont été encore plus sévères. Jean-Luc Mélenchon a appelé à « chasser le RN », Boris Vallaud a qualifié Marine Le Pen de « délinquante », tandis que Fabien Roussel a estimé qu’une telle condamnation posait question quant à la possibilité de se présenter devant les électeurs.

Le précédent de la campagne de François Fillon, fortement perturbée par les révélations judiciaires, reste dans les mémoires. Marine Le Pen devra donc répondre durablement à ces attaques tout au long de la campagne.

Cette décision provoque également des remous au sein même du RN. Le « plan B » incarné par Jordan Bardella est désormais mis entre parenthèses. Le jeune dirigeant du parti s’était pourtant préparé à une éventuelle succession, avec une forte exposition médiatique, une progression dans les sondages et un travail d’image visant à renforcer son positionnement politique.

Des divergences étaient aussi apparues entre les deux responsables, notamment sur certains sujets économiques et sociaux comme la réforme des retraites. Marine Le Pen a toutefois voulu refermer rapidement cette séquence en confirmant son intention de faire de Jordan Bardella son Premier ministre en cas de victoire.

Un duo qu’elle entend remettre en scène dès ses premiers déplacements de campagne. Une campagne qui s’annonce déjà marquée par un double affrontement : celui des urnes et celui des tribunaux.

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