La justice française a rendu, lundi 13 avril, son verdict dans l’affaire visant le cimentier Lafarge et huit anciens dirigeants. Ils ont été reconnus coupables de financement du terrorisme pour avoir versé des fonds à des groupes jihadistes en 2013 et 2014, afin de maintenir en activité une cimenterie en pleine guerre en Syrie.
Selon le tribunal correctionnel, la société — aujourd’hui intégrée au groupe suisse Holcim — a effectué des paiements à plusieurs organisations armées, dont le groupe État islamique, pour un montant estimé à près de 5,6 millions d’euros. Ces financements auraient notamment contribué à « préparer des attentats terroristes », y compris ceux commis en 2015 en France. La présidente du tribunal a évoqué un « véritable partenariat commercial » avec des organisations terroristes, soulignant la gravité exceptionnelle des faits.
Affaire Lafarge : une affaire au croisement des intérêts économiques et de la guerre
Au cœur de ce dossier complexe mêlant affaires internationales, géopolitique et renseignement, l’affaire Lafarge illustre les choix d’une grande entreprise du CAC 40 dans un contexte de conflit. Alors que d’autres multinationales avaient quitté la Syrie, le groupe aurait maintenu ses activités pour préserver son investissement industriel de 680 millions d’euros et ses intérêts économiques.
Durant le procès, la défense a soutenu que la poursuite de l’activité visait également à protéger les quelque mille salariés de l’usine de Jalabiya, évoquant un dilemme entre deux options jugées « toutes deux mauvaises ». Mais l’enquête, fondée sur des échanges de courriels, documents internes et relevés bancaires, a mis en évidence des transferts financiers vers des groupes armés via un intermédiaire local. Le Parquet national antiterroriste avait requis jusqu’à huit ans de prison contre certains prévenus et les sanctions maximales contre la société.