L’annonce surprise d’un remaniement gouvernemental par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, dimanche 12 juillet, a plongé la scène politique ukrainienne dans une période d’incertitude. Alors que le pays attendait de connaître les nouveaux membres de l’exécutif proposés par la présidence au Parlement, le ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov a annoncé, mercredi 15 juillet, son départ du gouvernement. Une décision qui a immédiatement suscité une forte mobilisation populaire à travers le pays.
Quelques heures après de nouvelles frappes russes, des centaines d’Ukrainiens se sont rassemblés à Kiev et dans plusieurs grandes villes, notamment Kharkiv et Lviv, pour protester contre le départ de celui qui était devenu une figure populaire de la modernisation militaire. Les manifestants réclament son retour et demandent à la Rada, le Parlement ukrainien, de ne pas valider les nouvelles nominations proposées par le président.
À Kiev comme ailleurs, certains protestataires accusent le commandant en chef des armées, Oleksandr Syrskyi, d’avoir contribué à son départ. Des tensions entre les deux hommes auraient émergé autour des profondes réformes engagées par le ministre de la Défense, notamment les restructurations internes et les licenciements opérés au sein du ministère.
Démission de Mykhaïlo Fedorov : un ministre réformateur dont le départ inquiète jusque dans la majorité présidentielle
Âgé de 35 ans lors de sa nomination en janvier dernier, Mykhaïlo Fedorov était devenu le plus jeune ministre de la Défense de l’histoire de l’Ukraine. Chargé de transformer l’appareil militaire après quatre années d’invasion russe, il s’était imposé comme un défenseur de l’innovation technologique, en particulier du développement massif des drones sur le champ de bataille.
Durant ses six mois à la tête du ministère, il a également contribué à renforcer l’utilisation du système de communication Starlink, dont l’accès a été limité aux forces russes, et lancé une réforme du fonctionnement de l’armée, notamment sur les contrats militaires et les procédures d’acquisition d’équipements. Il reconnaissait lui-même que ces changements étaient « impopulaires mais extrêmement nécessaires ».
Sa volonté de lutter contre les dysfonctionnements et les soupçons de corruption au sein du ministère lui avait valu le soutien d’une partie de la population, mais aussi suscité des oppositions internes. Plusieurs responsables controversés avaient été écartés dans le cadre de ses réformes, jugées toutefois insuffisantes par le ministre lui-même.
Son départ intervient alors que le Parlement ukrainien a approuvé, mardi 14 juillet, la démission de la Première ministre Ioulia Svyrydenko, une décision voulue par Volodymyr Zelensky dans le cadre d’un remaniement destiné à accompagner une nouvelle « stratégie politique ».
Pour de nombreux Ukrainiens et organisations anticorruption, le remplacement de Mykhaïlo Fedorov représente un recul potentiel. Martina Boguslabets, dirigeante de l’ONG Mezha, dénonce notamment la décision de remplacer un ministre considéré comme efficace par le chef de l’Intérieur Ihor Klymenko, dont le ministère est régulièrement critiqué par les militants anticorruption.
Cette mobilisation rappelle celle de l’été précédent, déclenchée après une tentative du pouvoir de limiter l’indépendance des agences anticorruption. Cette fois encore, une partie de la population craint qu’un responsable perçu comme moderne et intègre ne soit sacrifié au profit d’une approche plus traditionnelle, alors que l’Ukraine traverse une période décisive dans sa guerre contre la Russie.