Les déclarations de Donald Trump, menaçant de détruire « toute une civilisation » en Iran le 7 avril, ont déclenché une vague de réactions politiques, y compris au sein de son propre camp. Plus de 70 élus démocrates ont rapidement mis en cause ses capacités à gouverner, certains appelant à invoquer le 25e amendement, qui permet d’écarter un président jugé inapte à exercer ses fonctions, tandis que d’autres ont engagé une procédure de destitution.
Fait notable, des figures conservatrices ont également exprimé leur inquiétude. L’ancienne élue Marjorie Taylor Greene, pourtant longtemps alliée du président, a dénoncé des propos relevant selon elle de « la folie ». De son côté, le commentateur Tucker Carlson a évoqué un « crime de guerre » potentiel. Même parmi les soutiens les plus fidèles du mouvement Maga, des signes de malaise apparaissent, à l’image de la militante Trisha Hope, qui appelle désormais au départ du président.
Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu de deux semaines avec Téhéran dès le lendemain, la controverse ne faiblit pas.
Un outil constitutionnel théorique, mais politiquement inapplicable
Adopté en 1967 après l’assassinat de John F. Kennedy, le 25e amendement prévoit, dans sa section 4, une procédure permettant de déclarer un président inapte. Mais sa mise en œuvre reste extrêmement complexe et n’a jamais abouti. Elle nécessite une initiative conjointe du vice-président et de la majorité du cabinet, suivie, en cas de contestation, d’un vote des deux tiers du Congrès.
Dans le contexte actuel, un tel scénario paraît hautement improbable. L’entourage de Donald Trump est composé de fidèles, et aucun membre clé de l’exécutif n’a publiquement pris ses distances. Le vice-président J. D. Vance lui-même continue d’afficher sa proximité avec le chef de l’État.
Les spécialistes restent donc sceptiques. Pour le politologue Denis Lacorne, ce mécanisme ne fonctionne que dans des cas extrêmes, comme une incapacité physique manifeste. Quant aux divisions au sein de la base Maga, elles demeurent limitées et ne remettent pas en cause le socle électoral du président.
Une rhétorique inédite et des contre-pouvoirs limités, selon Trump
Au-delà de la faisabilité institutionnelle, c’est surtout la nature des propos de Donald Trump qui inquiète. Plusieurs observateurs soulignent leur caractère sans précédent dans l’histoire politique américaine. Contrairement à ses prédécesseurs, qui veillaient à adopter un ton mesuré en période de tension internationale, le président américain multiplie les déclarations virulentes, y compris sur les réseaux sociaux.
Face à l’improbabilité d’une destitution ou d’un recours au 25e amendement, les principaux garde-fous restent aujourd’hui judiciaires. Plusieurs décisions de justice ont déjà bloqué certaines initiatives présidentielles, y compris devant une Cour suprême pourtant jugée globalement favorable à l’administration.
À plus long terme, les élections de mi-mandat pourraient rebattre les cartes. Une victoire démocrate ouvrirait la voie à de nouvelles enquêtes parlementaires. Mais, pour l’heure, la solidité politique de Donald Trump repose essentiellement sur un facteur clé : la fidélité de sa base électorale, qu’il continue de fédérer malgré les controverses.