Patrick Achi, prochain Président de l’Assemblée Nationale ?
Le RHDP sort en effet grand vainqueur des élections législatives du 27 décembre dernier, avec 197 sièges remportés sur les 255 que compte l’hémicycle. Cette majorité écrasante, renforcée par la perspective de ralliements parmi les députés indépendants élus, place le parti présidentiel en situation de contrôle total de l’Assemblée nationale. Dans ce contexte, l’élection du futur président de l’institution apparaît largement jouée d’avance, tant le RHDP dispose des voix nécessaires pour imposer son candidat sans négociation majeure avec l’opposition.
Cette domination parlementaire prolonge la séquence électorale ouverte par la présidentielle d’octobre, remportée très largement par Alassane Ouattara. Elle confère au chef de l’État une marge de manœuvre politique considérable pour organiser les équilibres institutionnels de la nouvelle législature. Le choix de Patrick Achi répond à cette logique de continuité et de sécurisation des leviers de pouvoir, à un moment où l’exécutif entend consolider son agenda économique et institutionnel.
La succession d’Adama Bictogo, en poste depuis 2022, ne s’inscrit donc pas dans une logique de rupture, mais plutôt de réajustement interne. Le président sortant, figure influente du RHDP, laisse place à un profil perçu comme plus technocratique, capable d’incarner une Assemblée nationale appelée à accompagner sans heurts l’action gouvernementale.
Un profil technocratique au service de la stabilité institutionnelle
Le parcours de Patrick Achi contribue largement à expliquer pourquoi il apparaît aujourd’hui comme le favori naturel pour accéder au perchoir. Ancien Premier ministre, ex-secrétaire général de la présidence, il a longtemps été l’un des principaux artisans de la coordination de l’action gouvernementale sous Alassane Ouattara. Son passage à la primature, entre 2021 et 2023, a été marqué par une gestion rigoureuse des dossiers économiques et une relation étroite avec les partenaires financiers internationaux.
Après son départ du gouvernement, Patrick Achi n’a jamais quitté le premier cercle du pouvoir. Sa nomination comme ministre d’État, conseiller spécial à la présidence, début 2025, a confirmé la confiance persistante que lui accorde le chef de l’État. Cette proximité avec l’exécutif constitue un atout déterminant dans la perspective de la présidence de l’Assemblée nationale, institution clé pour l’adoption des réformes et la stabilité du dispositif politique.
Sur le plan politique, son ancrage parlementaire renforce encore sa légitimité. Élu député dans la région de la Mé, qu’il préside également, Patrick Achi dispose d’une base locale solide et d’une connaissance fine des rouages de l’Assemblée. Son profil tranche avec celui de figures plus partisanes, en ce qu’il incarne une approche technicienne du pouvoir législatif, privilégiant l’efficacité institutionnelle à la confrontation politique.
Dans un hémicycle largement dominé par le RHDP, cette orientation correspond aux attentes de la majorité présidentielle. L’objectif affiché est de disposer d’un président de l’Assemblée capable de fluidifier les travaux parlementaires, de garantir une discipline de vote sans faille et d’assurer une articulation harmonieuse entre le législatif et l’exécutif. À cet égard, Patrick Achi apparaît comme un choix de consensus au sein du parti, y compris parmi les cadres historiques issus d’autres formations, notamment du Parti démocratique de Côte d’Ivoire, dont il est originaire.
La configuration actuelle laisse peu de place au suspense. Sauf retournement imprévu, l’élection à venir devrait consacrer la mainmise du RHDP sur l’ensemble des institutions clés du pays. Dans ce paysage politique largement stabilisé, Patrick Achi se présente non seulement comme le candidat du parti majoritaire, mais comme l’incarnation d’une stratégie de continuité et de contrôle, dans une Côte d’Ivoire où l’exécutif entend conserver la maîtrise du tempo politique et parlementaire.