L’Ukraine fait évoluer sa manière de mener la guerre contre la Russie. Face aux frappes répétées sur son territoire et au manque de systèmes de défense antiaérienne, Kiev multiplie désormais les attaques de drones à longue portée contre des infrastructures stratégiques russes. Une approche qui vise autant l’efficacité militaire que l’impact psychologique.
En Ukraine, une campagne de drones pour frapper au cœur du territoire russe
Dans la nuit de mardi à mercredi, plusieurs installations pétrolières et plateformes logistiques ont été visées en Russie. Parmi les cibles figure notamment la ville de Perm, située à plus de 2 000 kilomètres de la ligne de front.
Cette évolution traduit un changement de cap pour Kiev. Plutôt que de concentrer uniquement ses efforts sur les zones de combat, l’Ukraine cherche désormais à affaiblir les capacités de son adversaire loin du front grâce à ses drones longue portée.
Selon l’expert ukrainien Maksym Beznosiuk, cette stratégie repose sur un objectif de « dommage cumulatif ». L’idée consiste à multiplier les frappes sur des infrastructures essentielles afin de perturber progressivement le fonctionnement de l’appareil militaire russe. Après les sites pétroliers, les attaques ciblent désormais des plateformes logistiques où sont entreposés des équipements à usage civil et militaire.
Les vulnérabilités de la Russie mises à profit
Pour Maksym Beznosiuk, cette campagne exploite deux faiblesses majeures de la Russie. La première est l’immensité de son territoire, qui rend impossible la protection de tous les sites sensibles avec les systèmes de défense aérienne disponibles.
La seconde concerne la forte concentration des infrastructures stratégiques. Raffineries, entrepôts et centres logistiques étant regroupés sur un nombre limité de sites, quelques frappes peuvent suffire à désorganiser l’approvisionnement en carburant ou les chaînes logistiques sur une large partie du pays.
Au-delà des conséquences militaires, ces attaques rendent également le conflit plus perceptible pour la population russe, en portant la guerre loin des lignes de front.
Une escalade militaire qui reste probable
Malgré ces résultats, l’expert estime que cette stratégie ne favorisera pas un cessez-le-feu à court terme. Il considère au contraire que Vladimir Poutine pourrait répondre par une intensification des frappes contre les infrastructures ukrainiennes.
Cette crainte trouve un écho dans les derniers événements sur le terrain. Dans la nuit de jeudi, une frappe de missile balistique russe a touché Kryvyï Rig, dans le centre de l’Ukraine. Selon les autorités locales, six personnes ont perdu la vie, dont deux enfants âgés de 5 et 12 ans.
Dans ce contexte de guerre d’usure, Kiev continue de dépendre du soutien des pays occidentaux, en particulier pour renforcer sa défense antiaérienne, alors que les systèmes Patriot demeurent insuffisants pour protéger l’ensemble de son territoire.