À l’approche des élections législatives arméniennes du 7 juin, Vladimir Poutine et Alexandre Loukachenko ont multiplié les avertissements à destination d’Erevan concernant un éventuel rapprochement avec l’Union européenne. Les deux dirigeants invoquent le conflit en Ukraine pour décourager l’Arménie de s’éloigner de l’Union économique eurasiatique, pilotée par la Russie.
Sans que l’Arménie n’ait formellement engagé de démarche d’adhésion à l’UE, les ambitions européennes prêtées à Erevan suffisent à Moscou pour raviver un discours de mise en garde, centré sur le “scénario ukrainien”. À l’issue du sommet de l’Union économique eurasiatique tenu à Astana le 29 mai, Vladimir Poutine a de nouveau établi une comparaison entre l’Arménie et l’Ukraine, tout en soulignant les avantages économiques liés à l’appartenance de l’Erevan à cette organisation : absence de droits de douane, facilités pour les travailleurs migrants et énergie russe à prix réduit. Selon plusieurs estimations relayées par la presse économique russe, une sortie du dispositif pourrait entraîner des pertes significatives pour l’économie arménienne.
Le président russe avait déjà averti, quelques semaines plus tôt, contre toute tentative d’“aller trop loin”, évoquant explicitement les événements ayant conduit, selon lui, à la crise ukrainienne.
Depuis l’Arménie, pressions économiques et tensions politiques autour du choix européen
Deux jours après ces déclarations, Alexandre Loukachenko a lui aussi appelé les autorités et la population à la prudence, estimant qu’une évolution similaire à celle de l’Ukraine devait être évitée. Il a affirmé que la situation actuelle rappelait, selon lui, les débuts de la crise ukrainienne et a accusé Erevan d’utiliser la question européenne à des fins politiques internes.
À quelques jours d’un scrutin présenté comme décisif pour l’avenir du pays, Moscou met ainsi l’accent sur le coût potentiel d’une rupture avec son orbite économique. En parallèle, le gouvernement arménien tente de maintenir un équilibre diplomatique. Le Premier ministre Nikol Pachinian réaffirme l’importance des relations avec la Russie, tout en évoquant une phase de transformation progressive. Il juge par ailleurs prématuré d’envisager toute consultation populaire sur l’Union européenne, l’Arménie n’ayant pas officiellement entamé de processus d’adhésion.
Dans le même temps, plusieurs médias arméniens font état de tensions économiques croissantes, notamment des restrictions touchant certains produits d’exportation. Moscou, de son côté, avertit qu’un rapprochement avec l’UE pourrait remettre en cause les avantages commerciaux et énergétiques dont bénéficie actuellement Erevan au sein de l’union eurasiatique.