Le chancelier allemand Friedrich Merz a appelé, jeudi 14 mai à Aix-la-Chapelle, à une profonde réorientation du budget de l’Union européenne afin de privilégier les investissements stratégiques au détriment des subventions. S’exprimant lors de la remise du prix Charlemagne à Mario Draghi, il a estimé que « l’on ne répond pas aux défis du XXIe siècle avec un budget du XXe siècle ».
Le dirigeant conservateur a salué les conclusions du rapport présenté par Mario Draghi en 2024 sur la compétitivité européenne. Ce document plaidait pour un changement de cap afin de permettre à l’Europe de rivaliser avec les États-Unis et la Chine. Friedrich Merz a ainsi défendu l’idée d’« une Europe souveraine » dotée d’un budget davantage tourné vers la compétitivité et la défense.
Le chancelier allemand a cependant critiqué la structure actuelle des finances européennes, soulignant que « plus des deux tiers des fonds européens vont à la redistribution et aux subventions ». À ses yeux, l’UE doit réduire ces dépenses et renforcer les investissements stratégiques.
Friedrich Merz : « un endettement excessif menace la souveraineté »
À l’approche des discussions sur le futur budget européen 2028-2034, les divergences persistent entre les États membres. Les pays dits « frugaux », emmenés par l’Allemagne et les Pays-Bas, défendent une ligne de rigueur budgétaire, tandis que la France et Mario Draghi soutiennent le recours à des emprunts européens communs pour financer les grands projets de l’UE.
Friedrich Merz a réaffirmé l’opposition de Berlin à cette option. « Un endettement excessif menace la souveraineté et limite la capacité d’action », a insisté le chef du gouvernement allemand, évoquant également les contraintes constitutionnelles de son pays.
L’Allemagne a pourtant assoupli au printemps 2025 ses règles strictes d’endettement afin d’accroître ses investissements dans la défense et les infrastructures, après plusieurs années de prudence budgétaire.
De son côté, Mario Draghi a mis en garde contre une dépendance excessive aux accords de libre-échange pour relancer la croissance européenne. L’ancien président de la Banque centrale européenne a appelé Bruxelles à achever les réformes internes du marché unique et à mieux intégrer le marché européen de l’énergie, qu’il juge encore « fragmenté ».