Une sanction liée à la régulation des géants du numérique
Officiellement, Washington reproche à ces responsables européens leur rôle actif dans la lutte contre la désinformation et dans l’encadrement juridique des grandes entreprises technologiques, en particulier américaines. Thierry Breton est directement visé en raison de son action lorsqu’il occupait le poste de commissaire européen au Marché intérieur entre 2019 et 2024. Il fut l’un des principaux architectes du Digital Services Act (DSA), un texte majeur qui impose aux plateformes des obligations strictes en matière de modération des contenus, de transparence et de responsabilité.
Aux yeux de l’administration américaine, cette législation constituerait une atteinte à la liberté d’expression. Un argument fermement rejeté côté européen. Thierry Breton a lui-même dénoncé un « vent de maccarthysme », estimant que cette sanction relève davantage de la pression politique que d’un réel désaccord juridique.
Une indignation quasi unanime en France
La réaction française ne s’est pas fait attendre. À gauche, l’eurodéputé Raphaël Glucksmann a fustigé une décision qu’il juge humiliante pour l’Europe, rappelant que l’Union n’est « ni une colonie ni un protectorat des États-Unis ». Pour lui, cette sanction est au contraire « un hommage » au combat mené par Thierry Breton en faveur de la souveraineté européenne face aux géants du numérique.
Même tonalité du côté du Parti socialiste. Son secrétaire général, Pierre Jouvet, a parlé d’une décision « d’une gravité extrême », appelant Paris et Bruxelles à réagir rapidement et fermement. À ses yeux, c’est la capacité même de l’Europe à faire respecter ses propres lois qui est directement remise en cause.
Rare convergence avec le Rassemblement national
Fait notable, le Rassemblement national, pourtant souvent critique à l’égard des institutions européennes, a lui aussi condamné la mesure américaine. Son vice-président Sébastien Chenu a estimé que l’administration Trump « se trompe sur le fond comme sur l’image qu’elle renvoie au reste du monde ». Une prise de position qui souligne l’ampleur du malaise provoqué par cette décision, bien au-delà des clivages politiques habituels.
Bruxelles hausse le ton face à Washington
Au niveau européen, la réaction a été tout aussi ferme. Le commissaire européen Stéphane Séjourné a exprimé sa « solidarité totale » avec son prédécesseur, rappelant que Thierry Breton avait agi dans le cadre d’un mandat démocratique confié par les électeurs européens. Selon lui, aucune sanction extérieure ne saurait remettre en cause la souveraineté réglementaire de l’Union.
La Commission européenne, par la voix de ses services, a officiellement condamné les sanctions américaines et demandé des explications aux autorités de Washington. Bruxelles prévient que, si nécessaire, une réponse « rapide et décisive » sera apportée afin de défendre l’autonomie réglementaire européenne face à ce qu’elle considère comme des mesures injustifiées.
Un bras de fer transatlantique assumé
Au-delà du cas personnel de Thierry Breton, cette affaire révèle un affrontement plus large entre deux visions du numérique. D’un côté, une Europe qui revendique le droit de fixer des règles strictes pour protéger ses citoyens. De l’autre, des États-Unis qui voient dans ces régulations une menace pour leurs entreprises et pour leur conception de la liberté d’expression. Un bras de fer désormais assumé, dont les conséquences pourraient dépasser largement le cadre diplomatique.
Avec Affairage.ci