AFRIQUE

Turquie : 10 ans après le putsch manqué, Erdogan a profondément transformé le pays

AFRIQUE
Dix ans après la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016, la Turquie reste marquée par les réformes d’Erdogan, la concentration du pouvoir et le recul des libertés publiques.
Turquie : 10 ans après le putsch manqué, Erdogan a profondément transformé le pays
Recep Tayyip Erdogan, président de la Turquie

La Turquie commémore ce mercredi 15 juillet le dixième anniversaire de la tentative de coup d’État qui a coûté la vie à 253 personnes, sans compter les putschistes tués lors des affrontements. Une décennie après cet épisode sanglant, le pays demeure profondément marqué par les transformations politiques et institutionnelles engagées par le président Recep Tayyip Erdogan, qui a profité de la crise pour renforcer son emprise sur l’appareil d’État.

Mené par un groupe restreint de militaires dans la nuit du 15 juillet 2016, le putsch a rapidement échoué face à la mobilisation des forces loyalistes et de dizaines de milliers de citoyens descendus dans les rues à l’appel du chef de l’État. Avec le recul, cet événement apparaît comme un véritable basculement dans l’histoire politique récente de la Turquie.

Après avoir repris le contrôle de la situation, Recep Tayyip Erdogan a engagé une vaste restructuration des institutions et du système politique. Sous couvert de lutter contre les responsables présumés du coup d’État, le pouvoir a lancé d’importantes purges au sein de l’administration publique durant les deux années d’état d’urgence décrétées après le putsch.

Plus de 125 000 fonctionnaires ont ainsi été écartés de leurs fonctions. Ces mesures visaient initialement les réseaux liés à Fethullah Gülen, un prédicateur installé aux États-Unis, accusé par Ankara d’avoir orchestré la tentative de renversement du pouvoir. Mais l’épuration s’est rapidement étendue à de nombreux secteurs de l’État, permettant au gouvernement d’installer des proches du régime aux postes stratégiques de la fonction publique, de la justice et des forces de sécurité.

En Turquie, une concentration du pouvoir et un recul des libertés publiques

La transformation institutionnelle s’est poursuivie avec la réforme constitutionnelle adoptée en 2017 et entrée en vigueur en 2018, qui a remplacé le régime parlementaire par un système présidentiel fortement centralisé. Le poste de Premier ministre a été supprimé, donnant au président des pouvoirs élargis sur l’exécutif.

Grâce à sa majorité parlementaire, Recep Tayyip Erdogan exerce également une influence considérable sur la justice, notamment à travers la nomination des membres du Conseil des juges et des procureurs. Pour le politologue Ahmet Insel, cette évolution a progressivement vidé les institutions de leurs mécanismes de contrôle.

« Il n’y a plus de contre-pouvoirs institutionnels », estime-t-il, soulignant que la justice pénale comme le Parlement ne jouent plus pleinement leur rôle de garde-fous face au pouvoir présidentiel.

Cette concentration du pouvoir s’est accompagnée d’un recul marqué des libertés publiques. Depuis 2016, les médias, les universités, les organisations non gouvernementales, le monde culturel et les réseaux sociaux ont été soumis à une pression accrue. La liberté de la presse, la liberté d’expression et le droit de manifester ont connu un net affaiblissement, tandis que les voix critiques du gouvernement ont été davantage ciblées.

Paradoxalement, cette décennie de répression n’a pas empêché l’érosion progressive du soutien électoral du président Erdogan. En mars 2024, le principal parti d’opposition, le CHP, a remporté les élections municipales, infligeant au chef de l’État une défaite historique dans les urnes.

Depuis cette victoire, plusieurs élus de l’opposition ont été visés par des procédures judiciaires pour des accusations de corruption. Une vingtaine de maires du CHP ont été emprisonnés ou poursuivis, parmi lesquels Ekrem Imamoglu, le maire d’Istanbul et principal rival politique de Recep Tayyip Erdogan.

En mai dernier, la direction du CHP a également été contestée et destituée par la justice. Pour l’opposition, ces actions témoignent d’une volonté du pouvoir de préparer le terrain avant l’élection présidentielle prévue en 2028, un scrutin qui pourrait être avancé afin de permettre à Erdogan de briguer un nouveau mandat.

Après déjà 25 années passées au sommet de la vie politique turque, le président continue ainsi de façonner un système profondément transformé depuis la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016.

L'INFO EN CONTINU

Toute l'actualité

À LIRE ENSUITE

LES PLUS LUS