La justice française a ordonné, mardi 8 avril 2026, le renvoi devant la cour d’assises spéciale de Paris de Cyprien Kayumba, un ancien officier hutu soupçonné d’avoir participé à des livraisons d’armes utilisées lors du génocide des Tutsis en 1994 au Rwanda. Installé en France depuis 1998, il avait bénéficié d’un non-lieu en janvier 2025, décision contestée par le parquet et les parties civiles.
La cour d’appel de Paris a finalement retenu des charges de complicité de génocide, estimant que cet ex-haut gradé aurait contribué à l’approvisionnement en armes ayant servi à l’extermination de plus de 800 000 personnes, selon les estimations de l’ONU.
Un rôle clé dans les commandes d’armement contesté par l’accusé au Rwanda
Au moment des faits, Cyprien Kayumba occupait le poste de directeur des services financiers au ministère rwandais de la Défense, après une carrière entièrement menée au sein de l’armée. À ce titre, il était notamment chargé des commandes et livraisons d’armement.
En avril 1994, dans les premiers jours du génocide déclenché après l’attentat ayant coûté la vie au président Juvénal Habyarimana, il avait été envoyé à l’étranger, notamment en France, pour tenter de relancer des contrats d’armement suspendus.
Lors de l’enquête, l’intéressé a affirmé avoir agi sur ordre, niant toute responsabilité dans la distribution des armes et assurant ignorer leur usage futur. Toutefois, sa présence, le 6 avril 1994 au soir, à une réunion de l’état-major rwandais aux côtés du colonel Théoneste Bagosora, considéré comme l’un des principaux instigateurs du génocide, a nourri les soupçons.
Si l’avocat général avait jugé ses explications « particulièrement peu crédibles », le juge d’instruction avait initialement estimé les éléments insuffisants pour caractériser une complicité. La cour d’appel en a décidé autrement et ordonne désormais son procès, dont la date reste à fixer.
Entre avril et juillet 1994, le génocide des Tutsis au Rwanda a fait environ 800 000 morts, parmi les Tutsis et les Hutus modérés, victimes des Forces armées rwandaises et des milices extrémistes Interahamwe.