La République démocratique du Congo (RDC) va-t-elle tourner la page de la militarisation de ses sites miniers ? C’est en tout cas l’objectif affiché par le président Félix Tshisekedi, qui a instruit, lors du dernier Conseil des ministres tenu le week-end à Kinshasa, le retrait des forces de sécurité présentes illégalement dans les zones d’exploitation minière.
Pour le chef de l’État de la RDC, la présence de militaires et de policiers sur ces sites constitue un facteur favorisant la fraude, la contrebande et les circuits d’exploitation illégale des ressources naturelles. Elle contribuerait également à fragiliser le climat des affaires et à décourager les investisseurs dans un secteur pourtant stratégique pour l’économie congolaise.
Félix Tshisekedi a ainsi demandé aux ministres de l’Intérieur et de la Défense, ainsi qu’aux responsables de l’armée et de la Police, de procéder « sans délai » au retrait de tous les hommes en uniforme opérant de manière illégale dans les zones minières. Il a également exigé la fin de toute intervention des forces de sécurité dans les activités extractives et appelé à des sanctions contre les responsables de ces pratiques.
En RDC, la société civile reste prudente face à une décision déjà annoncée par le passé
Cette nouvelle directive est accueillie avec réserve par plusieurs organisations de la société civile. Me Timothée Mbuya, de Justicia ASBL, rappelle que des mesures similaires avaient déjà été annoncées en 2019 puis en 2022, sans véritable effet sur le terrain.
Selon lui, l’échec des précédentes initiatives s’explique notamment par les intérêts financiers considérables liés à l’exploitation illégale des minerais. « Cette activité est devenue très rentable, très lucrative », souligne-t-il, estimant que des réseaux puissants se sont constitués autour de ces trafics.
L’activiste affirme que ces circuits impliquent non seulement des militaires, mais aussi des acteurs politiques, des personnes influentes et des investisseurs étrangers qui financeraient ces réseaux à hauteur de plusieurs millions de dollars.
Me Timothée Mbuya évoque également des soupçons concernant l’implication de membres de la famille présidentielle, des accusations régulièrement démenties par les intéressés. Pour Justicia ASBL, la réussite de cette nouvelle initiative dépendra avant tout d’une volonté politique réelle au plus haut niveau de l’État, capable de transformer les annonces en actions concrètes dans les zones minières.