AFRIQUE

Mali : le Jnim accusé d’avoir exécuté des soldats maliens après une attaque contre un convoi à Gao

AFRIQUE
Au Mali, le Jnim est accusé d’avoir exécuté 18 soldats maliens faits prisonniers après une embuscade contre un convoi militaire dans la région de Gao. Une possible violation du droit international humanitaire.
Mali : le Jnim accusé d’avoir exécuté des soldats maliens après une attaque contre un convoi à Gao
Des militants du Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA) dans la région de Ménaka, le 14 mars 2020. © Souleymane Ag Anara/AFP

Au Mali, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda, est accusé d’avoir exécuté sommairement des soldats maliens qui s’étaient rendus après une attaque contre un convoi militaire dans la région de Gao. Les faits se seraient déroulés le 18 juillet dans la zone de Tabrichat, à l’issue d’une embuscade menée conjointement par le Jnim et le Front de libération de l’Azawad (FLA), un mouvement indépendantiste du nord du Mali.

L’attaque visait un important convoi des forces armées maliennes en provenance d’Anéfis et en direction de Gao. Selon plusieurs sources sécuritaires et militaires, une cinquantaine de soldats maliens auraient été tués lors de l’affrontement. Mais certains d’entre eux n’auraient pas trouvé la mort au combat : ils auraient été capturés avant d’être exécutés.

D’après une source sécuritaire malienne citée par plusieurs médias, 18 militaires auraient été abattus après leur reddition. Des images diffusées par le Jnim montrent des hommes présentés comme des soldats maliens, désarmés et immobilisés dans le sable, avant d’être visés par des tirs. Plusieurs sources affirment reconnaître parmi les combattants présents Hamza Ag Iyad, fils d’Iyad Ag Ghaly, chef du Jnim.

Le droit international humanitaire interdit pourtant l’exécution de prisonniers de guerre ou de personnes hors de combat. Une fois capturés, les combattants doivent être traités avec humanité et protégés contre toute forme de violence. Selon des sources proches du Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA) et du Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia), les soldats concernés étaient restés à l’arrière du convoi après l’ensablement de leur véhicule et avaient fini par se rendre.

Des centaines de soldats maliens seraient toujours détenus par les indépendantistes

Contactée par RFI au sujet de ces accusations d’exécutions, l’armée malienne n’a pas donné suite. Dans un communiqué publié samedi 18 juillet, l’état-major avait seulement indiqué que des frappes aériennes avaient permis au convoi de « se désengager des embuscades tendues » et de poursuivre sa route jusqu’à Gao, sans fournir de bilan détaillé.

De leur côté, les responsables du Front de libération de l’Azawad (FLA) cherchent à dissocier leur mouvement des exactions attribuées au Jnim. Un responsable militaire indépendantiste affirme que les deux groupes ont attaqué le même convoi, mais séparément : « Les groupes ne sont pas mélangés », assure-t-il, ajoutant que « le Jnim a exécuté ses propres prisonniers ».

Le FLA affirme pour sa part avoir capturé une vingtaine de soldats maliens lors de cette embuscade. Ces prisonniers viendraient s’ajouter à ceux déjà détenus depuis la prise de Kidal le 25 avril et lors d’autres opérations militaires. Au total, entre 200 et 250 militaires maliens seraient actuellement aux mains du mouvement indépendantiste, selon ses propres affirmations.

Le groupe assure vouloir apparaître comme un acteur respectueux des droits humains et invite les organisations internationales à vérifier les conditions de détention des soldats capturés. La famille d’un militaire détenu a indiqué recevoir régulièrement des nouvelles rassurantes à son sujet.

Cette stratégie vise aussi à opposer l’image du FLA à celle des forces maliennes et de leurs alliés russes de l’Africa Corps, anciennement Wagner, accusés par plusieurs organisations d’avoir commis de nombreuses exactions contre des populations civiles.

De son côté, le Jnim tente depuis plusieurs mois de renforcer sa légitimité auprès d’une partie de l’opinion publique malienne et d’acteurs politiques régionaux. Mais les accusations d’exécutions sommaires viennent une nouvelle fois contredire cette volonté d’apparaître comme un mouvement responsable. Pour un notable de Kidal favorable aux autorités de transition, ces actes illustrent « l’industrie du crime qui prétend diriger le Sahel ».

L'INFO EN CONTINU

Toute l'actualité

À LIRE ENSUITE

LES PLUS LUS