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Libye : plus de 200 migrants libérés d’une prison clandestine à Kufra

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Les forces de sécurité libyennes ont découvert et démantelé un centre de détention illégal dans la ville de Kufra, au sud-est de la Libye. Plus de 200 migrants y étaient enfermés depuis des mois, parfois des années, dans des conditions qualifiées d’inhumaines par les autorités locales et les organisations de défense des droits humains. Certains rescapés affirment avoir été retenus captifs pendant plus de deux ans, leur libération dépendant exclusivement du paiement de rançons exigées à leurs familles.
Libye : plus de 200 migrants libérés d’une prison clandestine à Kufra
Des migrants en Libye

Une structure souterraine tenue par des trafiquants

Selon deux sources sécuritaires citées par l’agence Reuters, les migrants étaient détenus dans une installation souterraine d’environ trois mètres de profondeur, située à l’écart de la ville. Les autorités parlent d’une « prison secrète », contrôlée par un trafiquant libyen d’êtres humains dont l’identité n’a pas été rendue publique. À ce stade, aucun suspect n’a été interpellé.

Des conditions de détention extrêmes

L’opération menée par les forces de sécurité de l’est libyen a permis de découvrir des cellules étroites et surpeuplées, dépourvues de ventilation et de lumière naturelle. Les migrants, majoritairement originaires de Somalie et d’Érythrée, y étaient entassés sans possibilité de sortir ni d’accéder à des installations sanitaires adéquates. Parmi les personnes libérées figurent des femmes et des enfants, dont un nourrisson âgé d’à peine un mois. Plusieurs détenus présentaient des signes évidents de malnutrition et d’épuisement avancé.

Une situation humanitaire critique

L’Institut national des droits de l’Homme en Libye (NIHRL) a indiqué que les migrants avaient un accès très limité à la nourriture, à l’eau potable et aux soins médicaux. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, l’organisation précise qu’une dizaine de personnes ont dû être transférées en urgence vers des hôpitaux de la région, certaines dans un état critique.

Des images qui témoignent de la détresse des victimes

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, dont l’authenticité n’a pas été contestée par les autorités, montrent des dizaines de migrants quittant le site en file indienne. Amaigris et visiblement affaiblis, certains peinent à se tenir debout et doivent être soutenus par d’autres exilés. Ces images illustrent l’extrême vulnérabilité des victimes après de longs mois, voire des années, de captivité.

Violences et rançons au cœur du système

Selon plusieurs témoignages recueillis par les autorités locales, les migrants subissaient des violences régulières. Ces sévices visaient à contraindre leurs familles, restées dans les pays d’origine ou installées à l’étranger, à verser des rançons. Cette méthode, largement documentée en Libye, repose sur la peur et l’isolement des victimes. Dans de nombreux cas, même après le paiement, les migrants restent détenus ou sont revendus à d’autres réseaux criminels.

Une prise en charge encore floue

Les autorités n’ont pas précisé les modalités de prise en charge des migrants libérés à Kufra. En Libye, les personnes interceptées lors de ce type d’opération sont généralement transférées vers les centres du Département de lutte contre l’immigration clandestine (DCIM). Ces structures, bien qu’officielles, sont régulièrement critiquées par les ONG et les Nations unies pour des cas de violences, de détentions arbitraires et d’extorsion.

Un phénomène inscrit dans l’instabilité libyenne

Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye demeure plongée dans une instabilité politique et sécuritaire persistante. Les groupes armés et les réseaux criminels ont fait de la migration une source de revenus majeure. Les enlèvements de migrants ont lieu dans la rue, sur les lieux de travail ou dans des logements privés. Les victimes sont ensuite déplacées, vendues ou enfermées dans des prisons clandestines, notamment dans le sud et l’est du pays, des régions difficiles à contrôler.

Des affaires similaires révélées ces derniers mois

La découverte de Kufra s’ajoute à une série d’affaires similaires. Fin août 2024, près d’un millier de migrants avaient été libérés d’un hangar transformé en centre de détention illégal dans la région d’Ash Shwayrif, au sud de Tripoli. Le bureau du procureur général avait alors évoqué des actes de torture, des violences sexuelles et des homicides.

En mai de la même année, environ 200 migrants avaient déjà été secourus à Kufra dans une autre prison non officielle. Les victimes avaient décrit des passages à tabac et d’autres mauvais traitements visant à extorquer des rançons.

Des charniers découverts à travers le pays

Les autorités libyennes font également état de découvertes régulières de fosses communes. La semaine dernière, 21 corps ont été exhumés dans la région d’Ajdabiya, dans le nord-est du pays. En juin 2025, plus de 80 corps, dont certains carbonisés, avaient été retrouvés dans le quartier d’Abu Salim, à Tripoli. D’autres dépouilles avaient été découvertes auparavant dans les zones désertiques de Jikharra et de Kufra.

L’ONU tire la sonnette d’alarme

Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, la sous-secrétaire générale aux Affaires politiques, Rosemary DiCarlo, a exprimé sa profonde inquiétude. Elle a rappelé que les migrants et demandeurs d’asile, y compris des enfants, continuent d’être exposés à de graves violations des droits humains en Libye. La multiplication des centres clandestins et des charniers met en lumière l’extrême vulnérabilité des personnes en transit, dans un contexte marqué par l’impunité persistante des réseaux criminels.

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