ANALYSE AFRIQUE

Boko Haram utilise l’intelligence artificielle pour renforcer ses opérations terroristes, révèle un rapport de Cambridge

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Un rapport de l’université de Cambridge révèle comment Boko Haram exploite depuis 2023 des outils d’intelligence artificielle pour améliorer sa propagande, sa logistique et la préparation de ses opérations terroristes. Une menace qui pourrait concerner d’autres groupes jihadistes.
Boko Haram utilise l’intelligence artificielle pour renforcer ses opérations terroristes, révèle un rapport de Cambridge
Les soldats nigérians patrouillent dans le nord-est du pays pour débusquer les islamistes de Boko Haram, en mars 2016. Stefan Heunis, AFP

Pour la première fois, une étude publiée vendredi par l’université de Cambridge met en lumière l’usage concret de l’intelligence artificielle par Boko Haram. Le rapport s’appuie sur les témoignages de plus d’une vingtaine d’anciens membres du groupe terroriste nigérian, qui décrivent comment l’organisation a intégré depuis 2023 des outils comme ChatGPT, Claude, Grok ou encore DeepSeek dans son fonctionnement.

Jusqu’ici, l’utilisation de l’IA par les groupes terroristes était principalement observée à travers leurs activités en ligne, notamment la propagande, la désinformation ou le recrutement sur les réseaux sociaux et les plateformes de messagerie. Les témoignages recueillis par Antonia Juelich, spécialiste des liens entre terrorisme et technologies, montrent toutefois un usage beaucoup plus large de ces outils.

« C’était assez difficile de les faire parler », explique la chercheuse, qui travaille depuis une dizaine d’années sur Boko Haram. Selon elle, plusieurs rencontres ont été nécessaires pour convaincre les anciens combattants d’aborder ce sujet sensible.

D’après l’enquête, Boko Haram aurait commencé à se former à l’intelligence artificielle quelques mois seulement après le lancement de ChatGPT, en novembre 2022. Des instructeurs venus notamment d’Irak, d’Afghanistan et du Maghreb auraient appris aux membres du groupe à utiliser les techniques de prompting, c’est-à-dire l’art de formuler efficacement des requêtes auprès des modèles d’intelligence artificielle.

L’organisation aurait ensuite créé des unités spécialisées chargées de répondre aux demandes des combattants. Ces « experts » en IA auraient notamment utilisé des versions payantes de certains chatbots afin d’obtenir des informations destinées à améliorer la préparation des opérations.

Selon les témoignages recueillis, ces outils auraient été sollicités pour analyser du matériel militaire récupéré lors d’attaques, optimiser certaines stratégies d’utilisation de drones ou encore planifier des opérations. « Toute la chaîne logistique des opérations terroristes a été revue à l’aune de l’IA », résume Antonia Juelich.

Une menace qui dépasse Boko Haram et inquiète les spécialistes

Pour les experts, l’intelligence artificielle ne crée pas à elle seule de nouvelles capacités terroristes, mais elle permet aux groupes existants d’agir plus rapidement et plus efficacement. Graig Klein, spécialiste du terrorisme international à l’université de Leyde, estime que ces technologies « dopent » les activités des organisations extrémistes.

Un ancien membre de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO), branche issue de Boko Haram affiliée au groupe État islamique, a ainsi expliqué que l’IA avait permis de mieux coordonner les attaques et de réduire le nombre de combattants engagés sur le terrain. Là où certaines opérations nécessitaient auparavant plusieurs centaines d’hommes, de plus petites unités pourraient désormais être mobilisées avec davantage d’efficacité.

Les témoignages évoquent également des usages très pratiques. Lorsqu’une nouvelle stratégie de défense des forces nigérianes a consisté à creuser des tranchées autour des bases militaires pour empêcher les attaques à moto, un chatbot aurait fourni des conseils techniques pour contourner cet obstacle.

Pour Graig Klein, cette évolution ne concerne probablement pas uniquement Boko Haram. « Il n’y a aucune raison de croire que d’autres mouvements n’utilisent pas ces outils de la même manière », estime-t-il, rappelant que les technologies d’intelligence artificielle sont accessibles à tous.

Cette situation soulève de nouvelles inquiétudes sur les limites des systèmes de sécurité intégrés aux modèles d’IA. Selon les chercheurs, les garde-fous mis en place par les entreprises technologiques peuvent encore être contournés par des utilisateurs malveillants.

Le risque le plus préoccupant concerne notamment la possibilité que ces outils facilitent l’accès à des connaissances liées aux armes chimiques, biologiques ou autres technologies dangereuses. Si la disponibilité des matériaux nécessaires reste un obstacle majeur, les experts appellent néanmoins à renforcer les dispositifs de protection afin d’éviter que l’intelligence artificielle ne devienne un accélérateur pour les organisations terroristes.

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