Le chef de l’État, Emmanuel Macron a présidé dimanche la première journée nationale de commémoration de la reconnaissance de l’innocence d’Alfred Dreyfus, organisée 120 ans après l’arrêt historique de la Cour de cassation qui réhabilita l’officier juif injustement condamné pour trahison.
Devant la Cour de cassation, Emmanuel Macron a appelé à une mobilisation constante contre la résurgence des actes et discours antisémites en France. « Face à ce retour de l’odieux antisémitisme, la vigilance est un devoir de tous les instants », a déclaré le président français.
Il a également demandé aux collectivités locales de faire inscrire les noms des Justes parmi les Nations sur les lieux où des Juifs furent protégés pendant la Seconde Guerre mondiale. Selon lui, « chaque maison, chaque immeuble, chaque lieu où des Juifs furent abrités, hébergés et sauvés » doit pouvoir porter la mémoire de ceux qui les ont protégés de la persécution nazie.
À travers cet hommage, Emmanuel Macron a rapproché deux moments majeurs de l’histoire française : l’affaire Dreyfus, symbole de la lutte contre l’injustice et l’antisémitisme à la fin du XIXe siècle, et l’engagement des Justes qui ont résisté à la barbarie nazie.
L’héritage de Dreyfus, un combat toujours d’actualité, affirme Macron
Rappelant le parcours du capitaine Alfred Dreyfus, condamné en 1894 sur la base de fausses preuves avant d’être réhabilité en 1906, le chef de l’État a insisté sur le fait que l’affaire ne relève pas seulement du passé.
« L’affaire Dreyfus n’est pas une page de notre histoire qui se serait fermée en 1906 », a-t-il affirmé, soulignant que les « vieux démons de l’antisémitisme n’ont jamais totalement disparu » en France.
Emmanuel Macron a appelé à préserver l’esprit des « dreyfusards », ces personnalités politiques, intellectuelles et artistiques qui s’étaient mobilisées pour défendre la vérité et la justice. Pour lui, le « dreyfusisme » demeure « un état d’esprit » refusant qu’une religion, une origine ou une appartenance communautaire puisse servir de prétexte à l’exclusion ou à la condamnation d’un individu.
Présent lors de la cérémonie, Charles Dreyfus, petit-fils du capitaine, âgé de 99 ans, a lui aussi exprimé sa préoccupation face à la montée de l’antisémitisme.
La commémoration a également été marquée par l’installation d’une statue d’Alfred Dreyfus devant la Cour de cassation, symbole du triomphe de la justice sur l’injustice. De son côté, la mairie de Paris a annoncé le changement de nom d’une place portant celui de l’écrivain nationaliste Maurice Barrès, figure hostile à Dreyfus, qui deviendra désormais la place Lucie-Dreyfus, en hommage à l’épouse de l’officier pour son soutien indéfectible durant son combat pour la réhabilitation.