Selon le Financial Times, les services de sécurité russes auraient temporairement désactivé une partie du système de vidéosurveillance destiné à protéger Vladimir Poutine et son entourage, à la suite de l’assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei en février. Cette décision aurait été motivée par la crainte que ce dispositif, pourtant conçu pour renforcer la sécurité, puisse en réalité faciliter des opérations d’espionnage. Le système, distinct des quelque 300 000 caméras de surveillance installées à Moscou, n’a été remis en service qu’après un audit technique visant à le déconnecter totalement d’Internet.
L’événement a ravivé les inquiétudes autour de l’usage de l’intelligence artificielle dans l’analyse des images de surveillance. Pour Ksenia Ermoshina, chercheuse au Centre Internet et société du CNRS, cette affaire illustre une menace croissante : la capacité de l’IA à exploiter massivement les données vidéo pour en extraire des informations sensibles, à grande échelle.
En Russie, une architecture de surveillance massive, mais vulnérable face au piratage
Le système de caméras “intelligentes” russe, déployé depuis 2015, repose sur des technologies d’analyse automatisée des images, développées notamment par la société NtechLab. Selon les données citées, la Russie comptait déjà plus de 500 000 caméras équipées d’IA en 2023, dont une forte concentration à Moscou, ville pilote du dispositif.
Ces infrastructures, connectées à des réseaux centralisés, sont toutefois régulièrement ciblées. Ksenia Ermoshina rappelle que des intrusions sont déjà observées, parfois menées par des hackers amateurs ou des activistes. Certaines failles ont même permis des détournements symboliques, comme la diffusion de messages ou de sons via les haut-parleurs intégrés à certaines caméras.
Dans ce contexte, la sécurité du Kremlin elle-même n’est pas totalement garantie. Si la déconnexion d’Internet constitue la solution la plus sûre, elle réduit aussi l’efficacité opérationnelle du système. Un dilemme qui alimente, selon les experts, la méfiance croissante du pouvoir russe envers les technologies numériques et Internet, régulièrement coupé lors d’événements sensibles ou de déplacements présidentiels.