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Haïti : les révélations clés du procès sur l’assassinat de Jovenel Moïse à Miami

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Le procès sur l’assassinat de Jovenel Moïse entre dans sa phase finale à Miami. Entre complot international, enquête paralysée en Haïti et zones d’ombre persistantes, la justice américaine tente d’établir les responsabilités.
Haïti : les révélations clés du procès sur l’assassinat de Jovenel Moïse à Miami
Jovenel Moïse, ancien président d'Haïti

Près de cinq ans après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, la justice américaine s’apprête à clore l’un des volets les plus sensibles de cette affaire aux multiples ramifications internationales. À Miami, les plaidoiries finales du procès fédéral consacré à ce dossier doivent se tenir cette semaine, alors que l’enquête menée en Haïti demeure largement paralysée.

Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, le chef de l’État avait été abattu à son domicile de Port-au-Prince par un commando composé en majorité d’anciens militaires colombiens. Son épouse, grièvement blessée lors de l’attaque, avait été évacuée vers les États-Unis pour y recevoir des soins.

Ce meurtre a accéléré la crise politique et sécuritaire en Haïti, où les gangs contrôlent désormais l’essentiel de la capitale. Au fil des investigations, les enquêteurs ont mis au jour un complot mêlant acteurs haïtiens et étrangers, circuits financiers opaques et sociétés de sécurité installées en Floride.

Un procès américain au champ volontairement limité

Deux procédures judiciaires ont été ouvertes après l’assassinat : l’une en Haïti, l’autre aux États-Unis. La justice fédérale américaine s’est concentrée sur les personnes disposant de liens directs avec le territoire américain, notamment à travers des activités menées en Floride.

Quatre accusés comparaissent actuellement devant le tribunal fédéral de Miami : le Colombien Arcángel Pretel Ortiz, l’Américain Antonio Intriago, James Solages et Walter Veintemilla. Tous sont accusés d’avoir participé à l’organisation et au financement d’un projet initialement présenté comme un enlèvement du président, avant qu’il ne bascule vers un assassinat.

Les procureurs décrivent une conspiration structurée, soutenue logistiquement par des sociétés basées dans le sud de la Floride, notamment CTU et Worldwide Capital Lending Group. Selon l’accusation, le projet aurait évolué progressivement vers l’élimination du chef de l’État, avec en toile de fond des ambitions politiques et des intérêts financiers.

La défense conteste cette version. Les avocats des accusés soutiennent que les mercenaires colombiens participaient à une opération légale et avancent que Jovenel Moïse aurait été tué par ses propres gardes.

Plusieurs personnes ont déjà plaidé coupable aux États-Unis, dont Rodolphe Jaar, condamné à la prison à perpétuité après avoir reconnu avoir fourni des armes et des munitions au commando.

Une enquête haïtienne fragilisée et de nombreuses zones d’ombre

En parallèle, l’enquête conduite en Haïti peine à avancer. Depuis 2021, plusieurs juges d’instruction se sont succédé sur le dossier, certains ayant quitté leurs fonctions sous la pression ou en raison de menaces. Malgré des dizaines d’inculpations, parmi lesquelles des policiers, des membres de la sécurité présidentielle et des responsables politiques, les principales questions restent sans réponse.

Le nom de Joseph Félix Badio revient régulièrement dans les témoignages comme possible coordinateur du complot. Arrêté après plusieurs mois de fuite, il n’a toutefois jamais été interrogé par les autorités américaines.

Au cours des huit semaines d’audience à Miami, les jurés ont entendu la veuve du président, d’anciens accusés devenus témoins ainsi que plusieurs experts. Pour le chercheur spécialiste d’Haïti Jake Johnston, le procès a surtout permis de préciser certains éléments de chronologie et les échanges entre les différents protagonistes, sans pour autant révéler le véritable cerveau de l’opération.

Les audiences ont également confirmé que le complot aurait évolué au fil du temps, passant d’un projet politique visant à remplacer le président à une opération meurtrière. Le financement de l’opération demeure lui aussi flou : les montants identifiés, estimés entre 300 000 et 350 000 dollars, semblent insuffisants pour une action d’une telle ampleur, laissant supposer l’existence d’autres soutiens financiers encore inconnus.

Le procès soulève enfin des interrogations sur la perception qu’avaient certains participants d’un éventuel soutien implicite des États-Unis, en raison de contacts avec des informateurs ou interlocuteurs américains. Aucune preuve n’atteste toutefois d’une implication directe de Washington.

Même en cas de condamnations, le procès de Miami ne devrait donc apporter qu’une vérité partielle sur l’assassinat de Jovenel Moïse, tant de nombreuses zones d’ombre persistent encore autour de cette affaire qui a profondément déstabilisé Haïti.

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