L’ancien président français François Hollande a lancé un appel pressant à une refondation stratégique de l’Union européenne, exhortant le continent à ne plus dépendre des États-Unis, même dans l’hypothèse d’un changement de locataire à la Maison-Blanche. Lors d’une conférence organisée samedi à Liffré, en Bretagne, il a défendu l’idée d’une Europe capable d’assumer seule sa sécurité, son industrie technologique et sa souveraineté politique, dans un contexte international qu’il juge durablement transformé par l’ère Trump.
Une Europe contrainte de penser l’après-Amérique, affirme François Hollande
Pour l’ex-chef de l’État, les Européens doivent désormais intégrer une réalité nouvelle : le partenariat transatlantique ne retrouvera plus la solidité d’autrefois. Selon lui, même après le départ de Donald Trump, Washington ne reviendra pas à une solidarité automatique avec le Vieux Continent. Il estime donc urgent que responsables politiques et citoyens apprennent à envisager un monde dans lequel l’Europe devra défendre seule ses intérêts stratégiques.
Cette prise de position s’inscrit dans une ligne déjà ancienne chez l’ancien dirigeant socialiste, qui plaide régulièrement pour une affirmation plus autonome du projet européen face aux grandes puissances mondiales.
Un noyau dur de 6 à 8 pays pour accélérer défense et innovation
S’il reconnaît l’utilité de l’Union européenne à 27 sur les dossiers économiques, budgétaires et monétaires, François Hollande juge néanmoins cette architecture trop lourde pour répondre rapidement aux urgences géopolitiques. Faute de pouvoir réviser les traités dans des délais compatibles avec les tensions actuelles, il propose la création d’une Europe plus resserrée, composée de six à huit États volontaires.
Ce cercle restreint aurait pour mission d’investir massivement dans les secteurs jugés décisifs pour l’avenir : les industries numériques, l’intelligence artificielle et surtout la défense. L’ancien président cite parmi les partenaires potentiels les pays scandinaves et baltes, directement exposés à la guerre en Ukraine, mais aussi des puissances industrielles comme l’Allemagne et l’Italie. Son objectif : bâtir une capacité européenne crédible, fondée sur la volonté politique plutôt que sur l’unanimité institutionnelle.