C’est une décision rare par son ampleur dans le monde de l’édition. Au total, 115 auteurs ont annoncé, mercredi 15 avril, leur départ de la maison Grasset. En cause : le licenciement de son PDG, Olivier Nora, et l’influence jugée grandissante du milliardaire ultraconservateur Vincent Bolloré, propriétaire du groupe.
Parmi les signataires figurent plusieurs figures majeures de la littérature française, aussi bien romanciers qu’essayistes, de Virginie Despentes à Sorj Chalandon, en passant par Bernard-Henri Lévy et Vanessa Springora. Tous dénoncent une « atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale et à la liberté de création », selon une lettre commune obtenue par l’AFP.
Le départ d’Olivier Nora, à la tête de Grasset depuis 2000, a été annoncé mardi 14 avril sans explication officielle. Pour les auteurs mobilisés, il ne fait toutefois guère de doute qu’il s’agit d’un licenciement. Ils décrivent l’éditeur comme le « ciment » d’une maison réputée pour la diversité de ses voix, et affirment qu’ils ne publieront plus leurs prochains ouvrages chez Grasset.
Affaire Grasset : l’ombre de Vincent Bolloré et les tensions éditoriales
Cette crise s’inscrit dans un contexte plus large, marqué par la prise de contrôle de Hachette — maison mère de Grasset — par Vincent Bolloré en 2023. Déjà influent dans les médias français, où il est associé à des positions ultraconservatrices, l’homme d’affaires est régulièrement critiqué pour son interventionnisme, notamment à travers des chaînes comme CNews.
Selon une source proche du dossier, le départ d’Olivier Nora pourrait être lié à un désaccord autour de la publication du prochain livre de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal. L’ouvrage, consacré à sa détention en Algérie, devait paraître dès juin, une décision contestée en interne.
Dans leur courrier, les auteurs dénoncent une logique de pouvoir imposée « au mépris » de toute la chaîne du livre — éditeurs, correcteurs, diffuseurs et lecteurs. « Nous refusons d’être les otages d’une guerre idéologique », écrivent-ils, rejetant toute appropriation de leur travail.
La crise devrait animer les débats du Festival du Livre de Paris, qui s’ouvre jeudi au Grand Palais. L’événement réunira 450 exposants et plus de 1 800 auteurs, dans un climat déjà marqué par de vives tensions autour de l’indépendance éditoriale.