Située sur les rives du Tigre, derrière un périmètre fortifié, l’ambassade de France occupe une villa construite dans les années 1930, avec colonnes, fontaines, piscine et chambres pour une douzaine de personnes. Elle appartenait à la famille Lawee, qui l’avait louée à la France après avoir quitté l’Irak. La France y réside sans payer de loyer depuis plus de 50 ans, situation confirmée par le tribunal parisien.
Les frères Ezra et Khedouri Lawee avaient construit cette vaste propriété, surnommée « Beit Lawee », en 1935. Ils y ont vécu une vingtaine d’années dans une communauté juive alors forte de 130 000 membres, avant d’être contraints à l’exil lors des tensions régionales post-1948 et l’opération Ezra et Néhémie vers Israël. La famille s’est installée à Montréal, mais la villa de 3 800 m² et son terrain de 1 150 m² sont restés leur propriété.
Un litige juridique complexe et un appel prévu en France
La France avait initialement loué la villa en 1964 et versé un loyer partiel, jusqu’à ce qu’en 1974, elle cesse tout paiement dans un contexte de politique étrangère pro-arabe. Selon les documents judiciaires, la France ne versait alors que 10 % du loyer du marché, un enrichissement sans cause selon la famille.
En 2021, les descendants ont engagé des avocats pour réclamer 22 millions de dollars de dommages et intérêts. Le tribunal administratif de Paris a rejeté la demande, estimant que le contrat de l’ambassade « n’est pas régi par le droit français » et que l’Irak serait l’instance compétente. Pour les avocats et Philip Khazzam, petit-fils des propriétaires, cette décision est injuste et « scandaleuse ».
La famille prévoit de faire appel, affirmant que « le droit de propriété est un droit fondamental » et que l’affaire n’est ni politique ni géopolitique. Ils dénoncent le maintien de l’occupation de la villa par la France, en s’appuyant sur une loi irakienne discriminatoire contre les Juifs, pour ne pas indemniser les véritables propriétaires.