Pour autant, la disparition de ce mécanisme de contrôle ne signifie pas forcément le retour d’une course aux armements, estime Héloïse Fayet, chercheuse à l’Ifri : « L’expiration de New Start n’implique pas automatiquement une augmentation des arsenaux nucléaires russes et américains, mais plutôt une diversification possible de ceux-ci. Et de manière pragmatique, que le nombre de têtes stratégiques passe de 1 500 à 1 700, cela ne change pas fondamentalement la capacité de destruction, qui reste énorme. »
L’Otan appelle à la retenue
À l’occasion de l’expiration du traité, l’Otan a insisté sur la « retenue et la responsabilité » en matière nucléaire, jugées essentielles à la sécurité mondiale. Un responsable anonyme a souligné « la rhétorique nucléaire irresponsable de la Russie et ses signaux coercitifs, qui traduisent une posture d’intimidation stratégique ». L’Alliance a ajouté qu’elle continuerait à prendre les mesures nécessaires pour assurer la crédibilité et l’efficacité de sa dissuasion et de sa défense.
De son côté, le Kremlin a regretté la fin du traité : « La validité de l’accord prend fin. Nous considérons cela comme négatif et en exprimons notre regret », a déclaré le porte-parole Dmitri Peskov.
Une dynamique nucléaire à trois
L’expiration du traité ouvre la voie à un ordre nucléaire moins encadré, avec l’arrivée d’un troisième acteur majeur : la Chine. L’Otan a dénoncé la volonté de Pékin d’« élargir » son arsenal nucléaire, en pleine expansion, qui est passé d’environ 250 têtes en 2020 à plus de 600 aujourd’hui. Selon Héloïse Fayet, cette évolution complique le contrôle des armements : « Si la Chine poursuit cette trajectoire, les États-Unis se retrouveront face à deux compétiteurs nucléaires. »
La Maison Blanche souligne qu’un véritable contrôle des armements au XXIe siècle ne peut se concevoir sans la Chine. Toutefois, Pékin a exclu pour l’instant toute participation à des discussions sur le désarmement, tandis que Moscou dit respecter cette décision.
La France et le contrôle international
La France, seule puissance de l’Union européenne, plaide pour un système international de maîtrise des armements. Les positions évoluent et Emmanuel Macron devrait actualiser la doctrine nucléaire française à la fin du mois, dans un discours très attendu à Lille.