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TotalEnergies et la CAN : quand le football devient vitrine

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La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) est l’un des rares moments où tout un continent se regarde, se célèbre et se raconte. Pourtant, depuis 2016, ce récit est aussi celui d’une multinationale pétrolière : TotalEnergies, sponsor principal de la compétition. Officiellement, la CAN s’appelle aujourd’hui TotalEnergies CAF Africa Cup of Nations. Une normalité qui fait presque oublier la question centrale : quel rôle joue un géant mondial des hydrocarbures au cœur de la plus grande fête sportive d’Afrique ?
TotalEnergies et la CAN : quand le football devient vitrine
Principal sponsor de la Coupe d’Afrique des nations (21 décembre - 18 janvier), TotalEnergies

Sportswashing : une stratégie bien connue

CAN 2025 : Pour de nombreux militants, ONG et intellectuels africains, la réponse est claire : il s’agit d’un exemple de sportswashing, l’utilisation du sport pour améliorer l’image d’une entreprise critiquée pour ses pratiques sociales, climatiques et environnementales.

Le contrat signé en 2016 entre TotalEnergies et la Confédération Africaine de Football (CAF) est colossal. Selon la presse spécialisée, l’accord initial représentait environ 250 millions de dollars sur huit ans, soit plus de 30 millions par an pour toutes les compétitions CAF. Le partenariat renouvelé en 2025 pourrait atteindre 375 millions de dollars sur une période plus courte, illustrant l’énorme valeur commerciale du football africain.

Un sponsor omniprésent

Pour la CAF, cet argent est vital : la CAN Maroc 2025 devrait générer plus de 120 millions de dollars de revenus commerciaux, dont une grande partie provient du sponsoring. L’AFCON attire désormais plus d’un milliard de téléspectateurs cumulés, en faisant l’un des trois événements footballistiques les plus suivis au monde. Pour TotalEnergies, c’est une visibilité exceptionnelle : son logo est présent dans tous les stades et sur tous les écrans.

L’histoire africaine de TotalEnergies

Mais cette omniprésence pose question. TotalEnergies n’est pas un nouvel acteur en Afrique. Elle est issue de la fusion de TotalFina et Elf-Aquitaine en 2000 et exploite les ressources africaines depuis plus d’un siècle : du Sahara algérien dans les années 1950 à l’Afrique subsaharienne depuis les années 1980 (Angola, Nigeria, Gabon, Congo-Brazzaville, Sénégal, Mozambique). Malgré ses discours sur les énergies renouvelables, TotalEnergies reste un géant des hydrocarbures.

Projets controversés et impacts sociaux

Depuis 2016, l’entreprise a lancé ou renforcé certains de ses projets les plus controversés :

  • Tilenga et le pipeline EACOP en Ouganda et Tanzanie
  • Mozambique LNG, l’un des plus grands projets gaziers mondiaux

Ces projets ont déplacé environ 13 000 personnes, souvent avec des compensations jugées insuffisantes. Des communautés agricoles ont perdu leurs terres, des pêcheurs leur accès à l’eau, et le pipeline traverse le bassin du lac Victoria, menaçant l’eau potable de millions de personnes. Sur le plan climatique, ces projets sont qualifiés de « bombes carbone », incompatibles avec l’Accord de Paris.

La CAN comme écran de fumée

Dans ce contexte, le sponsoring de la CAN prend une autre dimension. Pour les ONG africaines comme Greenpeace Africa, Magamba Network ou Kick Polluters Out, il ne s’agit pas d’un simple partenariat commercial mais d’une stratégie de blanchiment d’image. En s’associant à l’événement le plus prestigieux du continent, TotalEnergies cherche à diluer les critiques dans l’émotion collective.

Le football africain véhicule des valeurs de fierté, d’unité et d’avenir. En collant son nom à la CAN, TotalEnergies tente de s’approprier ces valeurs, alors que ses projets continuent de provoquer pollution, déplacements forcés et conflits sociaux. C’est exactement ce que dénoncent les ONG : le sportswashing, utiliser la beauté du sport pour masquer des pratiques économiques controversées.

Qui profite réellement ?

La CAF gagne en revenus et stabilité financière. TotalEnergies gagne en légitimité sociale et visibilité sur un continent clé pour ses marchés. Mais les communautés déplacées, les écosystèmes fragiles et le climat, eux, n’y gagnent rien.

La question n’est pas de savoir si le football africain a besoin de sponsors — il en a — mais quel type d’entreprises doit pouvoir définir son image. En devenant le visage officiel de la CAN, TotalEnergies ne soutient pas seulement le football : elle l’utilise comme bouclier médiatique face aux critiques croissantes. Derrière les buts, les drapeaux et les hymnes, se joue une autre partie : celle de la bataille pour l’image, la légitimité et l’avenir énergétique du continent.

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