Relations Bénin-Niger : Elle illustre également l’ampleur de la fracture politique et stratégique qui traverse actuellement l’Afrique de l’Ouest. Le déclencheur de ce nouveau conflit est survenu la semaine dernière, lorsque les autorités béninoises ont expulsé un agent de renseignement et un policier en poste à l’ambassade du Niger à Cotonou. Si les raisons exactes de cette décision n’ont pas été rendues publiques, Niamey a rapidement réagi. Dans une note datée du 1er janvier, le régime nigérien a déclaré « persona non grata » le premier conseiller de l’ambassade du Bénin au Niger. S’appuyant sur le « principe de réciprocité », les autorités nigériennes lui ont donné 48 heures pour quitter le pays, sans détailler davantage les motifs de cette mesure.
L’ombre du putsch manqué de décembre
Cette détérioration survient dans un climat déjà marqué par la suspicion. Les relations entre Cotonou et Niamey sont tendues depuis le coup d’État de juillet 2023. Mais le point de rupture semble avoir été franchi après la tentative de putsch déjouée au Bénin le 7 décembre dernier. Bien que le gouvernement béninois n’ait pas officiellement imputé de responsabilité à son voisin, de sérieux soupçons pèsent sur une possible implication, ou un soutien tacite, de Niamey dans cette tentative. Le flot de fausses informations pro-putschistes circulant sur les réseaux sociaux sahéliens ce jour-là n’a fait que renforcer les inquiétudes du gouvernement de Patrice Talon.
Le choc des idéologies entre l’AES et les États côtiers
Au-delà des incidents ponctuels, c’est une véritable fracture géopolitique qui se dessine. Le Niger, membre de l’Alliance des États du Sahel (AES) aux côtés du Mali et du Burkina Faso, suit une ligne souverainiste et anti-impérialiste, se rapprochant de Moscou et s’éloignant de la CEDEAO. Dans ce contexte, le Bénin est fréquemment accusé par Niamey d’être un relais des intérêts occidentaux, notamment français, dans la sous-région. Cotonou, pour sa part, rejette fermement ces accusations et dénonce la rhétorique agressive des militaires au pouvoir au Niger.
Un avenir incertain pour la coopération régionale
Ces expulsions mutuelles portent les relations diplomatiques entre les deux pays à leur niveau le plus bas. Alors que le pipeline pétrolier reliant les deux nations laissait espérer un pragmatisme économique, la politique semble avoir repris le dessus. L’isolement diplomatique croissant entre les États sahéliens dirigés par des militaires et les pays côtiers fragilise la stabilité régionale, rendant plus difficile la coopération face aux défis sécuritaires et économiques qui touchent les populations des deux côtés de la frontière avec la même intensité.
Avec Affairage.ci