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Conflit Afghanistan-Pakistan : des Pakistanais bloqués côté afghan réclament la réouverture de la frontière

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Depuis près de trois mois, des centaines de citoyens pakistanais se retrouvent coincés en Afghanistan à la suite de la fermeture de la frontière avec le Pakistan. Étudiants, commerçants ou familles venues pour des raisons privées, tous lancent le même appel : rouvrir les points de passage terrestres, paralysés par la montée des tensions entre les deux pays voisins.
Conflit Afghanistan-Pakistan : des Pakistanais bloqués côté afghan réclament la réouverture de la frontière
Conflit Afghanistan-Pakistan

Des étudiants séparés de leurs familles

À Jalalabad, dans l’est afghan, la situation est devenue critique pour de nombreux étudiants pakistanais inscrits dans les universités locales. Shah Fahad Amjad, 22 ans, étudiant en médecine, explique vivre loin des siens depuis des semaines sans perspective claire de retour. Les contacts avec les familles se limitent aux appels téléphoniques, tandis que les difficultés financières s’accumulent. Selon des représentants étudiants, environ 600 Pakistanais seraient bloqués dans la seule province de Nangarhar.

Pour Barkat Ullah Wazir, également étudiant en médecine, cette fermeture pénalise des deux côtés de la frontière. Les Pakistanais en Afghanistan comme les Afghans inscrits dans les établissements pakistanais se retrouvent piégés par une crise diplomatique qui dépasse leur quotidien. Les études se poursuivent dans l’incertitude, avec la crainte de perdre une année universitaire entière.

Une frontière fermée sur fond de tensions sécuritaires

Les relations entre Kaboul et Islamabad se sont fortement dégradées depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021. Le Pakistan accuse régulièrement les autorités afghanes de laisser opérer sur leur sol des groupes armés responsables d’attaques meurtrières sur son territoire, ce que Kaboul rejette. Mi-octobre, des affrontements d’une ampleur rare ont fait environ 70 morts, entraînant la fermeture quasi totale des 2 600 kilomètres de frontière commune.

Cette décision a interrompu des échanges commerciaux vitaux et bouleversé la vie de milliers de personnes habituées à circuler librement entre les deux pays. Pour beaucoup, la frontière n’est pas une simple ligne administrative mais un espace de vie partagé.

La ligne Durand, une coupure artificielle

La frontière actuelle suit la « ligne Durand », tracée à la fin du XIXᵉ siècle par l’administration coloniale britannique. Elle divise des communautés pachtounes profondément liées par l’histoire, la langue et la famille. Dans certaines zones, des maisons et des commerces se retrouvent littéralement à cheval sur les deux pays, rendant la fermeture d’autant plus douloureuse pour les habitants.

Des familles et des commerçants à bout de ressources

À Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan, Ehsanullah Himmat, commerçant pakistanais de 21 ans, raconte être venu assister à un mariage familial pour quelques jours. Trois mois plus tard, il est toujours bloqué avec les siens, contraint de loger successivement chez différents proches. L’absence de revenus et l’impossibilité de recourir à des itinéraires alternatifs, jugés trop longs et coûteux, rendent la situation intenable.

D’autres tentent de rejoindre Kaboul pour rentrer par avion, mais cette option reste inaccessible à la majorité, faute de moyens financiers. Aux postes-frontières terrestres, seuls les Afghans expulsés du Pakistan sont autorisés à passer, dans un contexte de retours massifs qui ont vu près d’un million de personnes regagner l’Afghanistan en 2025.

Une économie locale paralysée

À Spin Boldak, face à la ville pakistanaise de Chaman, les barrières restent fermées. Haji Musa Kaleem, négociant en pièces automobiles, ne peut plus revoir ses enfants, alors qu’il traversait auparavant la frontière quotidiennement. Plus au nord, Khan Muhammad, chauffeur routier originaire de Quetta, voit son camion immobilisé côté afghan depuis plus de deux mois.

Le transport de marchandises est à l’arrêt, les marchés tournent au ralenti et les revenus se sont évaporés. Pour ces travailleurs, la réouverture de la frontière n’est pas seulement une question diplomatique : elle conditionne leur survie économique et celle de milliers de familles des deux côtés.

Avec AFP

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