De retour de Gaza, le diplomate dresse le constat d’une accalmie trompeuse. Les hostilités ont cessé, mais l’ombre de leur reprise plane à chaque instant. Selon lui, des frappes israéliennes sporadiques continuent de viser des zones densément peuplées, tandis que des groupes armés palestiniens mènent encore des attaques isolées. Ces signaux suffisent à remettre en question la solidité de la trêve. Devant le Conseil de sécurité, Ramiz Alakbarov a rappelé que l’espoir renaît, mais que les progrès restent « fragiles », comme si la paix respirait sous une couche de verre prête à se fissurer au moindre choc.
Une enclave détruite et une population au bord de la rupture
Au-delà des tensions militaires, c’est l’étendue de la destruction qui retient l’attention. Près des trois quarts des bâtiments sont endommagés ou détruits, et plus d’un million et demi de Gazaouis vivent toujours dans des abris saturés. Dans les hôpitaux, l’électricité manque régulièrement, paralysant les soins les plus essentiels. Les infrastructures d’eau et d’assainissement sont à l’agonie, au point que le bassin de Sheikh Radwan est désormais qualifié par l’ONU de « fosse septique à ciel ouvert ». Cette situation inquiète particulièrement les humanitaires, qui voient se profiler une crise sanitaire majeure à l’approche de l’hiver.
L’aide humanitaire entre plus facilement dans le territoire, mais à un rythme encore très insuffisant pour répondre à des besoins qui explosent. Les denrées de base sont plus accessibles, mais les sources de protéines restent hors de portée pour une grande partie de la population. Des milliers de familles affrontent les températures hivernales sans tentes, sans couvertures et sans moyens de chauffage. Dans les zones de stockage, près de 190 000 tonnes d’aide attendent toujours l’autorisation d’entrer. Ramiz Alakbarov appelle Israël à accélérer les inspections et à augmenter les capacités de passage pour éviter un nouvel effondrement humanitaire.
Un territoire à reconstruire mais sans horizon politique clair
Le diplomate insiste également sur la nécessité de s’extraire d’une logique de survie permanente pour reconstruire, au-delà des infrastructures, un horizon politique et social. Les institutions financières internationales réévaluent les dégâts, autrefois estimés à plus de 50 milliards de dollars. Mais la reconstruction ne pourra commencer réellement tant que le cadre politique restera bloqué. Pour l’ONU, il devient indispensable d’ancrer les discussions dans une perspective claire, reposant notamment sur la fin de l’occupation et la remise en mouvement de la solution à deux États.
Le rapport attire aussi l’attention sur la Cisjordanie, où les tensions connaissent une escalade parallèle. L’expansion des colonies, la multiplication d’avant-postes illégaux et la hausse d’attaques de colons créent un climat explosif. En octobre, l’ONU a enregistré jusqu’à huit agressions quotidiennes contre des Palestiniens, notamment pendant la récolte des olives. Pour Ramiz Alakbarov, cette dynamique nourrit un extrémisme grandissant et affaiblit encore davantage les perspectives de paix.
Le risque d’un nouvel échec et la seule voie possible selon l’ONU
Au terme de son intervention, le responsable onusien a rappelé que l’ONU travaille désormais à passer de la gestion de crise à une véritable résolution du conflit. Il appelle les parties à appliquer intégralement les phases du cessez-le-feu et à avancer vers un accord durable. Selon lui, le coût d’un échec serait « inimaginable ». Malgré les obstacles, il affirme que la seule voie pour sortir durablement du cycle de violence reste celle d’une solution négociée fondée sur les frontières de 1967, avec Jérusalem pour capitale des deux États.
Cet appel résonne comme un rappel d’urgence : un mois après la fin des combats, Gaza n’a pas retrouvé la paix. Elle n’en a trouvé que la silhouette fragile, suspendue entre reconstruction impossible et menaces persistantes. L’avenir dépend désormais de la capacité des acteurs à transformer cette trêve incertaine en véritable horizon politique.