Une guerre de mots ravivée par les déclarations étrangères
A Téhéran, devant la presse, Esmaïl Baghaï a dénoncé une tentative d’instrumentalisation politique. Selon lui, le « régime sioniste » serait prêt à exploiter la moindre faille pour attiser les tensions internes et opposer les Iraniens entre eux. Le porte-parole a également mis en cause « certains responsables américains radicaux », qu’il accuse de tenir un discours comparable, assimilé à une « incitation à la violence ».
Dans la rhétorique officielle iranienne, ce type de prise de position extérieure n’est jamais perçu comme anodin. Les autorités y voient un message politique destiné à affaiblir le pouvoir en place et à donner une dimension internationale à une crise que Téhéran s’efforce de présenter comme strictement interne. Cette lecture, bien installée depuis des décennies, ressurgit à chaque épisode de mobilisation populaire : le pouvoir dénonce alors une main étrangère et appelle à la vigilance face aux risques de fragmentation nationale.
Une contestation qui s’installe malgré la pression sécuritaire
Sur le terrain, les discours ne suffisent pas à faire retomber la tension. Depuis la fin décembre, des rassemblements ont été signalés dans de nombreuses localités, dans un climat marqué par des arrestations et un renforcement visible des dispositifs de sécurité. Les autorités affirment agir pour prévenir les débordements, tandis que la presse internationale et des organisations de défense des droits humains évoquent une réponse de plus en plus ferme des forces de l’ordre.
Cette stratégie répressive vise à contenir l’élan de la contestation, mais elle nourrit aussi un sentiment d’étouffement politique et social. Pour plusieurs observateurs, ce climat pourrait paradoxalement encourager de nouvelles mobilisations, en renforçant le fossé entre une partie de la population et les institutions.
Israël en soutien affiché, l’Iran dénonce une manœuvre
Les propos de Benyamin Netanyahu s’inscrivent dans un rapport de force régional déjà très tendu. En affichant son soutien aux manifestants iraniens, le chef du gouvernement israélien adresse un double message : aux Iraniens qui contestent le pouvoir, et aux dirigeants de Téhéran, qu’Israël considère depuis longtemps comme un adversaire stratégique majeur.
Côté iranien, la réponse consiste à retourner l’argument. La diplomatie ne parle pas de soutien moral, mais d’une tentative de déstabilisation. Le pouvoir cherche ainsi à empêcher que les revendications de la rue soient associées, même indirectement, à un agenda extérieur. Dans un pays où la souveraineté et le nationalisme occupent une place centrale dans le discours politique, toute référence à une influence étrangère peut servir à fragiliser, voire à diviser, un mouvement de contestation.
Washington en arrière-plan, un facteur de crispation permanent
La référence aux responsables américains par Esmaïl Baghaï souligne un autre front sensible. Les relations entre l’Iran et États-Unis restent marquées par la méfiance, les sanctions économiques et les tensions diplomatiques persistantes. À chaque mouvement de protestation d’ampleur, Téhéran redoute un durcissement de la posture américaine ou une mobilisation accrue de l’opposition en exil.
À l’inverse, certains courants politiques à Washington estiment que la pression maximale — sanctions, isolement international et soutien politique à l’opposition — pourrait accélérer un changement en Iran. Pour les autorités iraniennes, la ligne rouge est claire : toute déclaration perçue comme un encouragement à la chute du régime est dénoncée comme une provocation, et présentée comme une tentative de transférer la responsabilité des troubles vers l’extérieur.
Une bataille de récits au cœur de la crise
Au-delà de l’échange d’accusations, cette séquence met en lumière une bataille de récits. Israël et l’Iran se livrent depuis des années une guerre de l’ombre, à la fois diplomatique, sécuritaire et technologique. Les manifestations en Iran deviennent ainsi un enjeu supplémentaire dans cette confrontation : pour Israël, l’image d’un peuple défiant un régime hostile est politiquement utile ; pour Téhéran, l’objectif est de couper court à toute narration d’ingérence étrangère.
Reste une donnée essentielle que les discours officiels peinent à effacer : l’avenir du mouvement se jouera d’abord dans le rapport entre la rue et l’État. La manière dont le pouvoir iranien répondra — par la force, par des concessions limitées ou par un mélange des deux — pèsera lourdement sur la suite. Et plus les capitales étrangères commentent la crise, plus Téhéran tentera d’en faire un combat de souveraineté, avec un message martelé sans relâche : l’unité nationale avant tout.
Avec Affairage.ci