L’Iran a lancé lundi ses premières salves de missiles et de drones vers Israël et plusieurs pays du Golfe, quelques heures après la désignation de Mojtaba Khamenei comme nouveau guide suprême, succédant à son père, l’ayatollah Ali Khamenei, tué au premier jour du conflit.
Au dixième jour d’une guerre qui s’est étendue à l’ensemble du Moyen-Orient, Israël a annoncé viser des « infrastructures du régime » en Iran. L’armée israélienne menait également à l’aube une opération héliportée dans l’est du Liban, tout en poursuivant ses bombardements contre la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah.
Dans ce contexte de tensions croissantes et de blocage du détroit stratégique d’Ormuz, les marchés pétroliers ont vivement réagi lundi matin, propulsant le prix du baril au-delà de 115 dollars.
Mojtaba Khamenei désigné guide suprême
Âgé de 56 ans, Mojtaba Khamenei, considéré comme proche du camp conservateur et des gardiens de la révolution, a été choisi dimanche par l’Assemblée des experts, un collège de 88 membres du clergé chiite chargé de désigner le guide suprême de la République islamique.
L’institution a affirmé n’avoir « pas hésité une minute » à remplir sa mission malgré « l’agression brutale de l’Amérique criminelle et du régime sioniste ». Les gardiens de la révolution, les forces armées, la police et les autorités diplomatiques ont rapidement prêté allégeance au nouveau dirigeant.
Des images diffusées dans la nuit ont montré des scènes de liesse dans plusieurs villes iraniennes, où des habitants agitaient des drapeaux de la République islamique ou éclairaient les rues avec les lampes de leurs téléphones.
Le nom de Mojtaba Khamenei circulait depuis plusieurs jours pour succéder à son père, au pouvoir depuis 1989 jusqu’à sa mort le 28 février lors de l’offensive américano-israélienne. Cette succession familiale avait pourtant été écartée en 2024 par Ali Khamenei lui-même, alors que la révolution islamique de 1979 avait mis fin à des siècles de monarchie héréditaire en Iran.
Escalade militaire et choc sur le pétrole
Peu après l’annonce de cette nomination, la télévision d’État iranienne a confirmé le lancement de missiles vers Israël. Des images ont montré un projectile portant l’inscription « sous ton commandement Seyyed Mojtaba », symbole d’allégeance des forces iraniennes au nouveau guide.
Plusieurs pays du Golfe — Koweït, Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Bahreïn — ont également signalé des vagues de missiles et de drones iraniens en direction de leurs territoires.
À Bahreïn, un drone iranien a blessé 32 civils, dont quatre grièvement, dans la ville de Sitra, selon le ministère de la Santé. L’Arabie saoudite a annoncé avoir intercepté quatre drones qui visaient le gisement pétrolier de Shaybah, dans le sud-est du pays.
Depuis le début du conflit, l’Iran cible des infrastructures stratégiques dans les États du Golfe, riches en hydrocarbures et abritant plusieurs bases militaires américaines.
La guerre perturbe désormais une grande partie des flux énergétiques de la région, notamment au niveau du détroit d’Ormuz, par lequel transitent habituellement près de 20 % de la production mondiale de pétrole et du gaz naturel liquéfié.
Lundi, le prix du baril a dépassé les 118 dollars, son plus haut niveau depuis l’été 2022, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Depuis le début de la guerre, le baril de West Texas Intermediate (WTI), référence du marché américain, a bondi de 70 %, une hausse exceptionnelle sur une période aussi courte.
Face à ce choc pour l’économie mondiale, les ministres des Finances du G7 doivent se réunir en visioconférence lundi à 13h30 (heure suisse).
De son côté, le président américain Donald Trump a estimé sur son réseau social Truth Social que cette flambée des prix constituait « un tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des États-Unis et du monde ».
Dans une interview accordée au The Times of Israel, il a également affirmé que la fin des hostilités dépendrait d’une décision « mutuelle » entre lui et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.