La soirée du 15 avril 2026 est entrée dans une zone de fortes turbulences politiques au Gabon. Vers 18 heures, Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre sous Ali Bongo Ondimba et aujourd’hui figure de l’opposition, a été interpellé près de son domicile à Libreville. Selon sa défense, il venait de monter seul dans son véhicule lorsqu’il a été appréhendé par des éléments des forces de défense, probablement issus de la Direction générale des recherches (DGR), sortis de deux véhicules stationnés à proximité.
L’opération, rapide et sans violence apparente, a conduit l’ancien chef du gouvernement dans les locaux des renseignements militaires, le « B2 », où il a été placé en garde à vue pour la nuit. Son épouse a pu lui rendre visite, mais son avocate, Me Gisèle Eyue Bekale, n’a pas encore eu accès à son client. Le parti Ensemble pour le Gabon (EPG) dénonce une arrestation « arbitraire et brutale », estimant qu’elle s’inscrit en contradiction avec les principes de l’État de droit.
Une affaire ancienne ravivée et des soupçons d’instrumentalisation politique autour d’Ali Bongo
Selon des sources proches du dossier, Bilie-By-Nze aurait indiqué à son épouse que son interpellation serait liée à une plainte pour escroquerie remontant à 2008. Celle-ci aurait été déposée par une ancienne militante du Rassemblement national des bûcherons (RNB), Baba Ramatou, qui réclame le paiement d’un reliquat estimé à environ cinq millions de francs CFA, lié à l’organisation d’un événement culturel à l’époque.
L’avocate de l’ancien Premier ministre invoque la prescription, estimant que les faits, vieux de 18 ans, ne peuvent plus donner lieu à des poursuites. Elle dénonce une procédure « juridiquement fragile » et une possible instrumentalisation judiciaire à des fins politiques. Le parti EPG va dans le même sens, estimant que cette arrestation viserait à affaiblir une voix critique du régime.
Ce dossier ressurgit dans un contexte politique tendu, marqué par des tensions persistantes entre pouvoir et opposition depuis la transition de 2023. Ancien dernier Premier ministre d’Ali Bongo avant le coup d’État, Bilie-By-Nze s’est imposé ces derniers mois comme l’une des figures les plus critiques du pouvoir en place. Son arrestation, sur fond d’affaire ancienne et de silence des autorités, alimente ainsi les interrogations sur le climat politique actuel et la place accordée à l’opposition au Gabon.