Au Burkina Faso, plusieurs erreurs stratégiques et politiques ont conduit Paul-Henri Sandaogo Damiba à sa chute, jusqu’à son extradition en janvier 2026. Arrivé au pouvoir par un coup d’État le 24 janvier 2022, l’ancien chef du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR1) s’est rapidement retrouvé piégé par ses propres choix.
Tout commence dans un contexte de crise sécuritaire aiguë. Après l’attaque d’Inata en novembre 2021, le président Roch Marc Christian Kaboré renforce sa collaboration avec les chefs militaires. Damiba, alors officier influent, gagne la confiance du chef de l’État. Mais cette relation tourne court : à peine quarante-cinq jours plus tard, il orchestre le renversement du président démocratiquement élu.
Ce coup de force, perçu comme une trahison, marque une rupture avec l’ordre constitutionnel et inscrit Damiba dans la longue tradition des putschs burkinabè. Entre 1960 et 2022, le pays a connu de multiples changements de régime par la force, un héritage qui aurait pu inciter à davantage de prudence. En prenant le pouvoir au nom de la sécurité, Damiba fait le pari d’un redressement rapide. Un pari qu’il ne parviendra pas à tenir.
Sandaogo Damiba : Échecs sécuritaires, isolement politique et chute accélérée
Très vite, les limites du pouvoir de Damiba apparaissent. Malgré ses promesses, la situation sécuritaire se dégrade, avec des attaques toujours plus meurtrières, notamment celle de Gaskindé en septembre 2022. Au sein même de l’armée, les critiques se multiplient. Les officiers subalternes du MPSR lui reprochent son refus de réformer en profondeur les forces armées et son manque d’écoute.
Les tensions internes s’aggravent, alimentées par des soupçons de mauvaise gouvernance et une communication jugée arrogante. Certaines déclarations publiques, perçues comme méprisantes, fragilisent davantage son autorité. Parallèlement, ses choix politiques — notamment son rapprochement avec l’ancien régime de Blaise Compaoré — suscitent incompréhension et colère, y compris au sein de la justice.
Isolé, contesté et affaibli, Damiba est finalement renversé le 30 septembre 2022 par le capitaine Ibrahim Traoré, ouvrant une nouvelle transition militaire (MPSR2). Son exil au Togo, pays frontalier, apparaît rétrospectivement comme une erreur stratégique majeure. En restant à proximité immédiate du Burkina Faso, il s’expose aux pressions régionales et aux accusations de déstabilisation.
Ces accusations conduisent finalement à son extradition en janvier 2026. Désormais poursuivi pour « haute trahison » et « atteinte à la dignité militaire », l’ancien homme fort du pays paie le prix de ses choix.
Son parcours illustre une constante de la vie politique burkinabè : ceux qui accèdent au pouvoir par la force s’exposent souvent à une chute brutale. Entre ambitions contrariées, erreurs de calcul et contradictions internes, Damiba apparaît aujourd’hui comme l’artisan de sa propre déchéance.