ANALYSE AFRIQUE

Pouvoirs fragiles, armées omniprésentes : l’Afrique piégée dans le cycle des coups d’État

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La nuit du samedi 3 au dimanche 4 janvier a mis en lumière les fragilités profondes du Burkina Faso. À Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso, plusieurs rassemblements ont eu lieu après des appels lancés par des associations proches du pouvoir militaire, regroupées autour de la Veille citoyenne. Ces mobilisations avaient un objectif précis : empêcher ce qui était présenté comme une tentative de coup d’État contre les autorités en place.
Pouvoirs fragiles, armées omniprésentes : l’Afrique piégée dans le cycle des coups d’État
Coup d'Etat en Afrique

Coup d’Etat en Afrique : Selon plusieurs sources sécuritaires, la situation était jugée « tendue » dans la capitale. Des casernes auraient été placées en alerte, et un important dispositif militaire était visible devant le camp Baba-Sy dès le lendemain matin. Les autorités, elles, sont restées discrètes sur la nature exacte de la menace, laissant un large espace aux spéculations et aux récits circulant sur les réseaux sociaux.

Dans ce climat déjà lourd, des médias et pages très favorables au régime ont affirmé que plusieurs arrestations avaient eu lieu. L’ancien chef de la transition, Paul-Henri Sandaogo Damiba, renversé en septembre 2022 et aujourd’hui en exil, a été publiquement accusé d’être impliqué dans un projet de déstabilisation depuis l’étranger. Aucune preuve indépendante n’est venue confirmer ces accusations, mais leur diffusion massive montre à quel point la méfiance règne au sommet de l’État.

Les partisans du capitaine Ibrahim Traoré, souvent appelés les Wayignans, ont occupé plusieurs ronds-points et places publiques durant la nuit. Leur mot d’ordre était clair : constituer un rempart populaire face à toute tentative de renversement du régime. Cette mobilisation civile en soutien à un pouvoir militaire est révélatrice d’une situation paradoxale. Elle peut être perçue comme un signe de soutien populaire, mais aussi comme un aveu de vulnérabilité, dans un pays où la stabilité repose autant sur la rue que sur l’armée.

Cet épisode s’inscrit dans un contexte plus large, marqué par des arrestations de soldats soupçonnés de complot contre la sûreté de l’État quelques mois plus tôt. Il confirme que, malgré un discours de fermeté, le pouvoir burkinabè reste confronté à des tensions internes persistantes, notamment au sein des forces armées.

Les coups d’État en Afrique : une dynamique régionale inquiétante

Le Burkina Faso n’est pas un cas isolé. Depuis plusieurs années, l’Afrique connaît une multiplication des coups d’État et des tentatives de putsch, en particulier en Afrique de l’Ouest et dans le Sahel. Le Mali, la Guinée, le Niger, le Burkina Faso lui-même, mais aussi le Gabon, ont tous été touchés par des renversements de pouvoir récents.

Cette succession de coups d’État révèle une crise profonde des systèmes politiques. Dans de nombreux pays, les élections sont contestées, les institutions sont fragiles, et une partie de la population ne se reconnaît plus dans les élites civiles. L’armée apparaît alors, aux yeux de certains, comme une alternative, voire comme un recours face à l’insécurité, à la corruption ou à l’inefficacité de l’État.

Mais cette logique comporte de lourds risques. Lorsqu’un pouvoir arrive par la force, il gouverne souvent dans la crainte permanente d’être renversé à son tour. Les priorités changent : la sécurité du régime passe avant les réformes, la surveillance interne se renforce, et la suspicion s’installe au cœur même de l’armée. Les arrestations préventives, les purges et les accusations de complot deviennent des outils de gouvernement.

Sur le plan économique, l’instabilité politique décourage les investissements et fragilise les finances publiques. Les sanctions internationales, fréquentes après les coups d’État, pèsent directement sur les populations. À cela s’ajoute une détérioration du climat social, avec une polarisation croissante entre partisans du pouvoir et opposants, souvent réduits au silence ou accusés de trahison.

Le danger le plus durable reste toutefois institutionnel. À force de coups d’État, l’idée même de l’alternance démocratique s’efface. Une génération entière risque de grandir avec la conviction que le pouvoir se prend par les armes et non par les urnes. Cette banalisation de la rupture constitutionnelle alimente un cercle vicieux, où chaque transition militaire prépare le terrain à la suivante.

Responsabilités nationales et limites de l’intervention internationale

Face à cette situation, les responsabilités sont d’abord internes. Les autorités, qu’elles soient civiles ou militaires, ont le devoir de restaurer la confiance entre l’État et les citoyens. Cela passe par une justice crédible, une armée réellement républicaine, une lutte sincère contre la corruption et un calendrier politique clair. Sans perspectives de retour à un ordre institutionnel stable, les promesses de transition finissent par perdre toute crédibilité.

À l’échelle continentale, l’Union africaine condamne officiellement les changements anticonstitutionnels de gouvernement. Des textes existent, des principes sont affirmés, mais leur application reste inégale. Les divisions entre États membres et la peur d’aggraver les crises limitent souvent la portée des sanctions décidées.

En Afrique de l’Ouest, la CEDEAO a tenté, à plusieurs reprises, de faire respecter l’ordre constitutionnel par des sanctions économiques et diplomatiques. Toutefois, ces mesures ont parfois renforcé le sentiment anti-régional et accentué la rupture entre certains États et leurs voisins, comme l’ont montré les récentes décisions de retrait de plusieurs pays dirigés par des juntes militaires.

L’Organisation des Nations unies, quant à elle, se heurte à des limites structurelles. Son action dépend largement de la volonté des États membres et du Conseil de sécurité. Si elle peut condamner, appeler au dialogue ou soutenir des processus de transition, elle dispose de peu de moyens coercitifs directs pour empêcher ou inverser un coup d’État sans risquer une escalade majeure.

Le débat sur l’intervention internationale reste donc sensible. Trop d’ingérence peut être perçue comme une atteinte à la souveraineté, tandis qu’une absence d’action crédible alimente le sentiment d’impunité. Entre ces deux extrêmes, l’Afrique se retrouve souvent seule face à ses crises, avec des institutions affaiblies et des populations prises en étau entre espoir de changement et peur du chaos.

La nuit de tension vécue au Burkina Faso est le symptôme d’un malaise partagé par de nombreux pays du continent, où la stabilité politique reste fragile et où la question du pouvoir demeure, plus que jamais, une affaire de force.

Avec Affairage.ci

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